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CORRIGÉ: A Qousseir, bastion syrien rebelle, le fossoyeur est officier à la retraite

08/07/2012 10:06 EDT | Actualisé 07/09/2012 05:12 EDT

Abou Ghazi trempe son éponge dans un seau d'eau glacée, ferme les yeux du jeune homme étendu immobile sur la civière et récite quelques versets du Coran avant de nettoyer le visage ensanglanté.

Qousseir, bastion syrien rebelle situé près de Homs (centre), est bombardé en permanence depuis des mois et a payé un lourd tribu à la révolte contre le régime de Bachar al-Assad.

Au moins une fois par jour, l'officier à la retraite sexagénaire procède au même rituel. "Cela dépend de l'intensité des bombardements, de la férocité des combats et des desseins de Dieu", commente-t-il.

A proximité, une vieille chambre froide où il conservait auparavant des fruits et légumes s'est transformée en morgue improvisée.

"Par là sont passés des enfants, des femmes, des hommes, des vieillards, des soldats de l'Armée syrienne libre (ASL), mais surtout de jeunes enfants morts dans le bombardement de leur maison. Des civils qui n'avaient jamais tenu une arme, pour la plupart", explique-t-il.

"J'ai combattu pour mon pays, j'ai saigné pour mon pays, j'ai tué pour mon pays et maintenant mon pays m'humilie, me persécute. (Le président syrien) Bachar Al-Assad a déshonoré tous les Syriens", regrette-t-il.

"Je suis trop vieux pour me battre, alors je fais le fossoyeur, un boulot que personne ne voulait faire car on voit des choses que personne ne voudrait voir. C'est ma façon de contribuer à la défaite d'Assad", se console-t-il.

A l'extérieur de la "morgue", la famille de Ghaith, la jeune victime de 24 ans, attend de récupérer le cadavre pour commencer la veillée funèbre.

"J'ai perdu mes trois fils et mon mari. Qu'est-ce que la révolution veut encore de moi?", s'interroge sa mère, Fatima, assise sur une chaise en plastique au côté de sa fille désormais unique.

"C'était un type incroyable. Il adorait le football et jamais il n'a touché une arme parce qu'il pensait que la violence n'est pas une solution", se souvient Rifaï, un rebelle de Qousseir en se baissant pour baiser le front de celui qui était son ami.

Fatima en fait de même. Ses larmes inondent le visage du défunt avant que plusieurs hommes ne sortent le cadavre pour le ramener dans sa maison. Entre cent et deux-cents personnes sont regroupées devant la porte pour un dernier hommage.

"Au début de la révolution, il y avait des milliers de personnes pour accompagner le dernier voyage des victimes. Elles viennent désormais de moins en moins nombreuses. Beaucoup ont quitté la ville, d'autres ont peur. Bientôt il n'y aura plus personne pour accompagner les morts", constate Abdel Hakim, l'imam de la ville.

Des femmes lancent du riz et des pétales de rose au passage du cortège funèbre. Dans une vingtaine d'heures, Abou Ghazi procédera à la mise en terre, comme il l'a déjà fait deux cents fois depuis neuf mois. Chaque fois, il note soigneusement sur un carnet le nom des victimes et la date de leur inhumation.

"Le cimetière municipal n'a rapidement plus suffi. Il a fallu ouvrir deux nouveaux cimetières, juste pour les martyrs de la révolution. Un jour, nous avons enterré seize personnes, des femmes et des enfants. Un vrai massacre. Probablement le jour le plus dur de ma vie", se rappelle-t-il.

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