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Les Libyens aux urnes pour les premières élections de l'après-Kadhafi

07/07/2012 10:08 EDT | Actualisé 06/09/2012 05:12 EDT

TRIPOLI, Libye - Quelque 2,8 millions de Libyens étaient appelés aux urnes samedi pour les premières élections législatives de l'après-Kadhafi. Ce premier scrutin libre après plus de 40 ans de dictature se déroulait dans une situation tendue, notamment dans l'est de la Libye.

Une personne a été tuée et deux autres ont subi des blessures lorsqu'une fusillade a éclaté entre des forces de sécurité et des protestataires opposés aux élections dans la ville d'Ajdabiya (est), selon le président de la commission électorale, Nouri al-Abari.

Ce dernier a indiqué que le bureau de scrutin ciblé par les protestataires avait été rouvert plus tard, et que le processus de vote s'était déroulé normalement.

Les observateurs de l'Union européenne, selon le chef de la délégation, le député allemand Graf Lambsdorff, «analysent et évaluent» des informations faisant état d'incidents à Ajdabiya.

M. Lambsdorff et ses observateurs, qui se sont rendus dans des bureaux de vote ailleurs dans le pays, ont salué l'organisation du scrutin et le comportement des électeurs.

«Les bureaux que nous pu visiter étaient bien organisés, les procédures mises en oeuvre conformément à la loi», a déclaré M. Lambsdorff.

Les violences de samedi font suite à une série d'attaques menées contre des bureaux de vote dans la portion orientale du pays, berceau de la révolution contre Kadhafi, où les tensions ont rapidement monté en raison de la perception voulant que les rivaux installés à Tripoli s'apprêtaient à monopoliser le pouvoir.

Vendredi, à la veille du scrutin, un hélicoptère transportant du matériel électoral a été abattu par des inconnus armés près de Benghazi. Un employé de la commission électorale a été tué, a précisé un porte-parole du Conseil national de transition (CNT) au pouvoir.

Le premier ministre Abdurrahim el-Keib a condamné cet attentat non revendiqué et assuré que le gouvernement mettrait tout en oeuvre pour assurer la sécurité du scrutin.

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Défis libyensLe scrutin émaillé de violences et de manifestations illustre bien l'ampleur des défis qui attendent la nation pétrolière, qui tente de retrouver la stabilité après le renversement du dictateur Mouammar Kadhafi.

D'après un ancien commandant rebelle de la région d'Ajdabiya, Ibrahim Fayed, des manifestants ont incendié des urnes dans 14 des 19 bureaux de vote de la ville.

Dans la capitale Tripoli, des files d'attente se sont formées devant des bureaux de vote plus d'une heure avant l'ouverture, policiers et soldats montant la garde et fouillant les électeurs et les employés de la commission électorale avant qu'ils n'entrent.

Les électeurs doivent désigner les 200 membres d'un Congrès national général, parmi 3700 candidats, dont 585 femmes. La nouvelle assemblée sera chargée de nommer dans les 30 jours un nouveau gouvernement de transition qui gérera les affaires courantes jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution. De nouvelles élections devraient être organisées en 2013.

Les élections viennent clore une transition chaotique qui a révélé d'importantes lignes de faille allant de la division est-ouest aux efforts des islamiques pour obtenir le pouvoir. Elles surviennent neuf mois après la capture et la mort de Mouammar Kadhafi, en octobre 2011, dans sa ville natale de Syrte.

Alors que de nombreux Libyens espéraient que la nation riche en pétrole attirerait les investisseurs, la situation est toujours aussi délicate sur place. Des milices règnent en toute indépendance et les divisions tribales, régionales et ethniques débouchent très fréquemment sur des violences.

Dans l'est du pays, des dirigeants et chefs de milices partisans de l'autonomie ont appelé à un boycott du scrutin.

Forces en présence

Cette élection devrait permettre de dresser un état des lieux des forces en présence, et notamment des partis islamistes dont l'influence a progressé en Libye, tout comme dans les pays voisins.

Le Parti de la justice et de la construction, proche des Frères musulmans, a mené l'une des campagnes électorales les mieux organisées et les plus visibles, grâce aux importants moyens financiers dont il dispose.

Trois autres partis devraient tirer leur épingle du jeu: l'Alliance des forces démocratiques de l'ancien premier ministre Mahmoud Djibril, Al Watan d'Abdel-Hakim Belhaj, ancien djihadiste et commandant militaire pendant l'insurrection, ainsi que le Front national, un des plus anciens mouvements du pays auquel on attribue plusieurs tentatives d'assassinat contre Kadhafi.

La législature devait désigner une commission pour rédiger la nouvelle Constitution, mais le Conseil national de transition (CNT) a décrété jeudi que les membres de cette instance seraient directement désignés par les électeurs, à une date ultérieure. L'objectif est d'apaiser les tensions entre l'est et l'ouest du pays. D'autant plus que dans le cadre du découpage électoral, un tiers des sièges seulement ont été attribués à l'est du pays, les deux tiers restants ayant été réservés pour l'Ouest et le Sud.

Mais la concession est loin de satisfaire tout le monde: «Nous refusons que Tripoli décide pour toute la Libye», a commenté Fadallah Haroun, un ancien commandant rebelle de Benghazi, dans l'est du pays.

M. Haroun a ajouté que les partisans d'un boycott descendraient dans la rue samedi pour «empêcher les gens de voter, parce que ce vote sert ceux qui nous ont volé la révolution».

«L'histoire en marche»

«C'est l'histoire en marche», s'enthousiasmait Farid Fadil, 26 ans, heureux d'aller voter. Les électeurs faisaient le «V» de la victoire en entrant dans les bureaux de vote, des automobilistes manifestaient leur joie à coups d'avertisseurs sonores.

«La participation est extraordinaire, commentait Mohammed Shady, un observateur électoral. Tout le monde est très coopératif. Ils veulent que la journée soit un succès, et ce sera le cas».

Certains électeurs venaient voter avec les drapeaux de la révolution, rouge, noir et vert, tandis que d'autres scandaient «le sang des martyrs n'a pas été versé en vain» ou arboraient des photographies de leurs proches tués pendant le soulèvement.

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