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Un hélicoptère électoral abattu dans l'est de la Libye la veille des élections

06/07/2012 10:07 EDT | Actualisé 05/09/2012 05:12 EDT

TRIPOLI, Libye - Des hommes armés ont abattu un hélicoptère qui transportait du matériel électoral dans l'est de la Libye vendredi, tuant un employé électoral, a annoncé un responsable.

L'attaque s'est produite près de la ville de Benghazi, la veille des premières élections en Libye depuis la chute et la mort du dictateur Mouammar Kadhafi, en octobre.

Un porte-parole du Conseil national de transition (CNT), Saleh Darhoub, a déclaré que l'hélicoptère avait été attaqué alors qu'il s'approchait de l'aéroport de Benina, en périphérie de Benghazi.

Il a décrit les assaillants comme des «ennemis de la révolution», tout en assurant que l'attaque n'empêcherait pas le pays de tenir ses élections comme prévu.

Les élections de samedi sont considérées comme une première étape cruciale dans la transition de la Libye vers la démocratie, après plus de 40 ans de règne de Kadhafi.

Les affiches de campagne qui recouvrent les murs de Tripoli contrastent avec les décennies pendant lesquelles le colonel Kadhafi a interdit le pluralisme, considérant la démocratie comme une forme de tyrannie. Pour gouverner, il se basait sur son manifeste politique, le «Livre vert», et le pouvoir était exercé par son clan.

Environ 2,8 millions de Libyens sont appelés aux urnes pour désigner les 200 élus qui composeront la nouvelle législature. Celle-ci nommera un nouveau gouvernement de transition qui gérera les affaires courantes jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution. De nouvelles élections devraient être organisées en 2013.

Le scrutin fait suite à une guerre civile qui a laissé le pays en ruines et mis au jour des conflits ethniques et régionaux. La Libye est toujours divisée, neuf mois après la capture et la mort de Mouammar Kadhafi dans sa ville natale de Syrte. Alors que de nombreux Libyens espéraient que leur pays, riche en pétrole, attirerait rapidement les investisseurs, la situation est toujours incertaine sur place. Des milices règnent en toute indépendance et des crises régionales et ethniques éclatent à un rythme alarmant.

Le scrutin va également permettre de dresser un état des lieux des forces en présence, et notamment des partis islamistes dont l'influence a progressé en Libye, tout comme dans les pays voisins.

Le Parti de la justice et de la construction, proche des Frères musulmans, a mené l'une des campagnes électorales les mieux organisées et les plus visibles, grâce aux importants moyens financiers dont il dispose. De jeunes hommes et femmes affiliés au parti font du porte-à-porte dans la capitale pour présenter les candidats et solliciter les voix des électeurs.

Trois autres partis devraient tirer leur épingle du jeu: l'Alliance des forces démocratiques, de l'ancien premier ministre Mahmoud Jibril, le parti Al-Watan, d'Abdel-Hakim Belhaj, ancien jihadiste et commandant militaire pendant l'insurrection, ainsi que le Front national, l'un des plus anciens mouvements du pays, auquel on attribue plusieurs tentatives d'assassinat contre Kadhafi.

La législature devait désigner une commission chargée de rédiger la nouvelle Constitution, mais le Conseil national de transition (CNT) a décrété jeudi que les membres de cette instance seraient directement désignés par les électeurs, à une date ultérieure. L'objectif est d'apaiser les tensions entre l'est et l'ouest du pays, d'autant plus que dans le cadre du découpage électoral, un tiers des sièges seulement ont été attribués à l'est du pays, les deux tiers restants ayant été réservés aux régions ouest et sud.

Mais cette concession est loin de satisfaire tout le monde.

Jeudi, d'anciens rebelles de l'est du pays ont forcé la fermeture de trois raffineries pour exiger que le CNT annule les élections. En début de semaine, d'anciens insurgés et des manifestants de Benghazi et d'Ajdabiya ont attaqué des bureaux électoraux, mettant notamment le feu à des bulletins de vote.

«Nous refusons que Tripoli décide pour toute la Libye», a déclaré Fadallah Haroun, un ancien commandant rebelle de Benghazi. Il a ajouté que les partisans d'un boycottage descendraient dans la rue samedi pour «empêcher les gens de voter, parce que ce vote sert ceux qui nous ont volé la révolution».

Dans l'ouest aussi, certaines voix ont protesté contre la décision du CNT, estimant qu'elle allait saper l'autorité du nouveau Parlement. Le Conseil national de transition «veut affaiblir le nouveau Parlement après ses échecs des derniers mois», a estimé Yassar al-Bashti, candidat du Parti des Libyens libres (libéral).

Selon les observateurs libyens, les électeurs devraient majoritairement se prononcer pour des personnalités qu'ils connaissent, plutôt que de choisir leurs candidats par idéologie. Dans ce pays conservateur presque entièrement musulman, la quasi-totalité des personnalités politiques veulent accorder une place à la loi islamique dans la Constitution. Le CNT a d'ailleurs confirmé jeudi que la charia y jouerait un rôle.

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