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Privée des ressources du pétrole, la jeune économie sud-soudanaise en péril

06/07/2012 02:09 EDT | Actualisé 04/09/2012 05:12 EDT

En stoppant en janvier sa production de pétrole, source de la quasi-totalité de ses revenus, le Soudan du Sud a fragilisé encore plus une économie souffrant déjà du manque d'infrastructure, d'investissement et d'une lourde dépendance alimentaire vis-à-vis de l'étranger.

Six mois à peine après être devenu un Etat, sur les décombres de près d'un demi-siècle de guerres civiles, Juba, tributaire des oléoducs de son ancien ennemi du nord pour exporter son brut, décidait de fermer ses robinets, furieux de voir Khartoum détourner son pétrole sur fond de différend sur les montants des droits de passage.

Dès mars, des notes confidentielles de la Banque mondiale dressaient un tableau alarmiste de l'avenir de l'économie sud-soudanaise, prévoyant son effondrement à court ou moyen terme, faute d'une reprise de la production de pétrole.

"Nous ne sommes pas prêts de nous effondrer. Nous allons survivre jusqu'à ce que le problème du pétrole soit réglé", rassure le porte-parole adjoint du gouvernement sud-soudanais Atem Yaak Atem.

Faute de statistiques publiques fiables, difficile de se faire une idée de la situation économique, selon Samson Wassara, doyen de la Faculté des études économiques et sociales à l'Université de Juba.

"Depuis janvier l'activité a ralenti" et "l'argent ne rentre plus dans le pays", constate cependant Manot Gop, homme d'affaires qui gère notamment un magasin d'alimentation générale à Juba.

Sur l'un des marchés de la capitale, pas besoin de statistiques pour mesurer l'inflation, estimée à 80% sur un an en mai.

"La plupart de ce qui était bon marché est désormais cher", constate Khamis Matata Safi, un fonctionnaire. "Des produits comme les fruits par exemple, sont devenus un luxe (...) la plupart des prix ont augmenté de 100%" ces derniers mois.

Cette "forte hausse des produits est très inquiétante", souligne M. Wassara.

"Les clients (...) n'ont pas les moyens d'acheter", explique Kakoza, commerçante ougandaise, devant son étal de fruits et légumes. "Nous achetons à des prix élevés et les clients veulent des prix bas", poursuit-elle estimant que ses affaires ont récemment baissé de 40 à 45%.

Les devises que rapportait le pétrole se raréfient, faisant chuter la valeur de la livre sud-soudanaise face au dollar ou aux devises de la région. Or, les pommes et les oranges de Kakoza viennent d'Egypte, ses bananes, avocats, ananas, aubergines et poivrons d'Ouganda.

Khartoum ayant fermé sa frontière, les produits soudanais ne rentrent plus, contribuant à la hausse des prix.

Les terres du Soudan du Sud sont pourtant fertiles, mais le secteur agricole a été mis à bas par la guerre. Et l'absence d'infrastructures, dans une région que Khartoum n'a jamais voulu développer, n'autorise que des cultures de subsistance.

Le Soudan du Sud "importe 70% de sa nourriture alors qu'il devrait être un pays exportateur", constate un diplomate occidental.

Or, "un pays ne peut se permettre d'importer sa nourriture", souligne Alfred Lokuji, doyen de la Faculté des études communautaires et rurales de l'Université de Juba, pour qui l'urgence est d'"améliorer le réseau routier", absent de l'essentiel du pays.

Cette absence d'infrastructures, ajoutée à un cadre légal embryonnaire, freine aussi les potentiels investissements.

"La priorité est de construire des infrastructures routières (...) ensuite pour encourager l'investissement il y a besoin d'électricité", souligne M. Wassara, alors que même la capitale ne s'éclaire qu'au son continu des générateurs.

Pour l'heure, le pays n'a attiré que de petits investisseurs, essentiellement d'Afrique de l'Est, à la recherche de retours rapides sur investissement dans l'hôtellerie ou la restauration. Mais jusqu'ici aucun gros investisseur, selon M. Wassara.

Les observateurs étrangers, inquiets, sont incapables de dire combien de temps peut encore durer "le jeu dangereux" auquel se livrent Khartoum et Juba en tentant mutuellement d'asphyxier l'économie de l'autre.

"On ne connaît pas les réserves de la Banque centrale" sud-soudanaise, rappelle un diplomate occidental, "que va-t-il se passer quand ces réserves seront épuisées?"

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