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L'Est libyen, frondeur, joue le trouble-fête des élections

06/07/2012 11:50 EDT | Actualisé 05/09/2012 05:12 EDT

L'Est libyen, berceau de la révolte qui a renversé Mouammar Kadhafi l'an dernier, a gardé son image de région frondeuse tout au long de la période transition, certaines parties réclamant l'autonomie et menaçant de saboter les élections législatives.

Des partisans de l'autonomie de l'Est ont contraint jeudi soir des terminaux pétroliers à suspendre leur production, pour protester contre la "nonchalance" opposée selon eux par les autorités à leur demande d'un plus grand nombre de sièges dans l'assemblée nationale qui doit être élue samedi.

Ils dénoncent la répartition des sièges prévue (100 sièges pour l'Ouest, 60 pour l'Est et 40 pour le Sud) et veulent un nombre égal de sièges pour chacune des trois régions.

Ces protestataires ont saccagé dimanche dernier les bureaux de la Commission électorale à Benghazi, chef-lieu de l'Est libyen, tandis qu'à Ajdabiya, plus à l'ouest, un dépôt contenant le matériel électoral a été incendié.

La Commission électorale a écarté jeudi soir tout report des élections à Ajdabiya ou dans d'autres régions de l'Est malgré la multiplication des incidents, les menaces de sabotage et les appels au boycott.

La proclamation de l'autonomie de la Cyrénaïque (région orientale) en mars à Benghazi, deuxième ville du pays à 1.000 km à l'est de Tripoli, avait provoqué la colère du pouvoir central et suscité des craintes d'une partition du pays.

La région "a souffert de la marginalisation et de l'exclusion durant une longue période, que ce soit sous Kadhafi ou sous le nouveau régime", a déclaré à l'AFP le porte-parole du Conseil de la Cyrénaïque, Abdeljawad al-Badin.

"Nous n'accepterons pas d'être marginalisés à nouveau", a-t-il dit.

Fer de lance de la résistance contre l'occupant italien dans les années 1930, l'Est a également été un foyer d'opposition durant les 42 ans du règne de Mouammar Kadhafi.

La majorité des opposants étaient originaires de cette ville. Qualifiés par le régime kadhafiste, qui ne tolérait aucune dissidence, de "chiens errants", ils ont connu la prison ou l'exil. Plusieurs d'entre eux ont été liquidés.

Des affrontements meurtriers avaient eu lieu dans les années 1990 notamment à Benghazi ou Derna, plus à l'est, entre des groupes islamistes armés de la mouvance jihadiste et les forces régulières.

La plupart des 1.200 victimes du massacre de la prison d'Abou Slim en 1996, quand les forces de l'ordre avaient ouvert le feu sur des détenus lors d'une mutinerie, était également originaire de l'Est.

Ce sont les familles de ces derniers qui ont déclenché, le 15 février 2011 à Benghazi, la révolte qui a fini par faire tomber le régime de Mouammar Kadhafi, tué dans sa ville natale de Syrte en octobre dernier.

Mais après la chute de Kadhafi, les nouvelles autorités n'ont pas été épargnées par les milliers de manifestants descendus dans la rue en décembre, appelant à "corriger le processus de transition" et à faire tomber le Conseil national de transition (CNT) au pouvoir en Libye. Ils avaient assiégé les locaux du Conseil à Benghazi, où se trouvait le chef du CNT, et sur lesquels une bombe artisanale avait été jetée.

Des attaques, dont certaines revendiquées par un groupe islamiste inconnu, contre des missions diplomatiques étrangères et organisations internationales ont eu lieu également ces dernières semaines à Benghazi.

Moataz Wanis, analyste politique, estime que la région orientale "est restée loin du pouvoir". Kadhafi a oeuvré à séparer l'Est de l'Ouest, créant "une grande faille entre les deux régions".

Cette "barrière" entre les deux région a été davantage ressentie après la chute de Kadhafi, a-t-il ajouté.

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