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La région natale de Kadhafi veut voter pour effacer sa trace

06/07/2012 11:44 EDT | Actualisé 05/09/2012 05:12 EDT

Les habitants de Syrte, sur la côte libyenne, se préparent à voter samedi en espérant que ce premier scrutin national permettra à cette ville ravagée par le conflit de retrouver le chemin de la prospérité et d'oublier l'héritage de l'enfant du pays, Mouammar Kadhafi.

"C'est la première étape vers la sécurité et la prospérité pour Syrte", estime Khaled Saad, opérateur dans un centre téléphonique du quartier Dollar, marqué par de féroces combats en octobre entre les rebelles et les derniers partisans de Kadhafi défendant la région natale du "Guide".

"Ma ville est détruite et doit être reconstruite. Cela peut se faire en participant aux élections. Une fois que la sécurité et la prospérité reviendront à Syrte, on oubliera Kadhafi", estime-t-il.

Dollar et le quartier voisin Numéro Deux ont été les derniers fiefs loyaux à Kadhafi avant la chute de Syrte aux mains des insurgés l'an dernier.

C'est là, à 360 km à l'est de Tripoli, que le leader libyen s'est caché dans les jours qui ont précédé sa capture dans la périphérie de Syrte, le 20 octobre, alors qu'il tentait de fuir la ville. Il a ensuite été tué dans des circonstances peu claires.

La ville a subi de très importants dégâts lorsque des combattants venus de la ville portuaire de Misrata et de Benghazi, épicentre de la rébellion anti-Kadhafi, ont convergé sur Syrte pour l'ultime bataille qui a entraîné la mort du dictateur et scellé le sort du pays.

"Plus un seul bâtiment n'est debout", souligne M. Saad, désignant des rangées de bâtiments réduits à néant par les bombardements des ex-rebelles et les raids de l'Otan durant le conflit de 2011.

"Tout ça parce que c'était sa ville. Nous en avons assez. Nous voulons aller de l'avant. C'est un mythe de dire que Kadhafi a beaucoup fait pour nous. Il a beaucoup fait pour sa famille, c'est tout. Nous voulons l'oublier et avancer", lance Khaled Saad.

Dans la ville aux rues désertes en ce jour de repos hebdomadaire, des affiches de candidats aux élections de samedi ornent les principales places et des monceaux de détritus et de débris de guerre encombrent le bord des routes.

Des bannières déployées par le Conseil national de transition (CNT), actuellement au pouvoir, clament "l'Unité de la Libye est plus importante que tout".

"Le principal enjeu désormais, c'est l'unité", estime Othmane, un ingénieur de 28 ans.

"Je vais voter. Jusqu'à maintenant, Syrte a été oubliée. Le gouvernement actuel n'a rien fait, mais nous espérons qu'après les élections, cela pourra changer".

Selon cet habitant, des efforts sont en cours pour promouvoir la réconciliation entre Syrte et le reste de la Libye, mais la méfiance reste grande.

La méfiance "est tellement importante que des patients sévèrement atteints originaires de notre ville ne parviennent pas à être soignés correctement à Tripoli ou Benghazi", déplore-t-il.

Plus encore, "c'est tout simplement impossible d'emmener un patient (se faire soigner NDLR) à l'étranger s'il est originaire de Syrte. Cela doit cesser, et j'espère que cela cessera avec ce scrutin", estime-t-il.

Plusieurs habitants de la ville se sont plaints à l'AFP du manque d'infrastructures à Syrte.

"Les gens veulent une bonne éducation et des services de base", estime Ahmed Amin, enseignant, sirotant un café dans un bistrot.

"Les dégâts sont énormes, pas seulement pour la ville, mais aussi pour nos vies. Nous sommes tous déprimés (...) et cela doit changer. Il y a des obstacles mais demain pourrait être le premier jour vers ce changement", espère-t-il.

jds/cnp/vl

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