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La découverte de nouveaux dessins du Caravage crée un controverse

06/07/2012 06:33 EDT | Actualisé 05/09/2012 05:12 EDT

ROME - Étant donné la réputation de bagarreur du Caravage, il n'est pas très étonnant que la découverte par deux historiens de l'art italien d'une centaine de dessins que le peintre aurait réalisé dans sa jeunesse ait provoqué un tollé dans le monde de l'art.

Les chercheurs Adriana Conconi Fedrigolli et Maurizio Bernardelli affirment qu'ils ont trouvé des dizaines d'esquisses du Caravage parmi une collection d'oeuvres de son maître milanais Simone Peterzano, qui lui a enseigné de 1584 à 1588.

Plusieurs experts ont accueilli cette nouvelle avec scepticisme. Durant les derniers siècles, les historiens de l'art n'ont jamais réussi à attribuer hors de tout doute des dessins au Caravage, qui a bouleversé l'art du XVIe siècle en utilisant des modèles provenant des classes inférieures de la société pour réaliser des tableaux religieux et en opposant de manière saisissante l'ombre et la lumière.

Vendredi, le conservateur de la collection de dessins du château Sforzesco à Milan, où sont conservées les 1500 oeuvres généralement attribuées à Peterzano, a remis en question les méthodes de recherche des deux historiens de l'art à l'origine de la nouvelle.

Francesco Rossi a soutenu qu'ils n'avaient jamais mis les pieds au musée pour examiner les esquisses.

Il a déclaré que l'établissement serait très heureux d'avoir en sa possession une oeuvre du Caravage, mais qu'il était difficile d'identifier la provenance des toiles de manière certaine. Dans le cas du peintre italien, l'entreprise est d'autant plus compliquée qu'il n'avait pas l'habitude de signer ses tableaux.

M. Rossi a qualifié les méthodes des deux chercheurs de «naïves».

«Ce qui nous a le plus surpris, c'est que ces experts ne sont jamais venus ici dans le département des dessins afin de voir les oeuvres», a-t-il dit en entrevue avec l'Associated Press. «Ils ont évalué les dessins en utilisant des photos en noir et blanc.»

Mais les deux historiens de l'art ont défendu leur découverte, qu'ils ont rendue publique jeudi dans un interview avec l'agence de presse italienne ANSA.

Mme Fedrigolli a assuré à l'Associated Press dans un entretien téléphonique que certains membres de leur équipe de recherche avaient étudié les dessins en personne.

Pressée d'identifier ces chercheurs, elle a répondu qu'elle n'était pas autorisée à révéler leurs noms et a passé le combiné à son confrère, M. Curuz.

«J'ai vu les originaux», a affirmé ce dernier, ajoutant qu'il avait eu l'occasion de voir la collection en dehors des heures d'ouverture grâce à ses contacts avec un haut dirigeant de la municipalité qu'il a cependant refusé de nommer.

Il a répété que sa collègue et lui-même avaient travaillé de façon très scientifique en employant des clichés des dessins et en les comparant avec des oeuvres connues du Caravage.

Maurizio Bernardelli Curuz a soutenu qu'il n'était pas logique qu'il n'y ait pas de dessins de Caravage au sein de la collection de Peterzano puisque le jeune homme, dont le véritable nom était Michelangelo Merisi, était l'un des meilleurs élèves du peintre.

L'historien a soutenu que son équipe avait été en mesure de distinguer les oeuvres du maître de celles de ses étudiants, incluant Le Caravage.

Parmi les personnes les plus sceptiques par rapport à cette découverte figure Antonio Paolucci, le directeur des musées du Vatican et l'un des historiens de l'art les plus respectés d'Italie.

M. Paolucci a fait valoir que plusieurs spécialistes avaient vu les dessins en question et qu'aucun d'entre eux n'avaient évoqué le nom du Caravage.

Dans un article publié vendredi dans le journal L'Osservatore Romano, il a déclaré que la nouvelle relevait d'un «pur optimisme inductif» tout en reconnaissant qu'il était possible que des chercheurs moins expérimentés, mais dotés d'un sens de l'observation particulier pouvaient, avec un peu de chance, avoir trouvé quelque chose de nouveau.

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