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La «Amis du peuple syrien» appellent à des sanctions contre le régime de Damas

06/07/2012 12:00 EDT | Actualisé 05/09/2012 05:12 EDT

PARIS - Des représentants d'une centaine de pays, rassemblés vendredi à Paris pour la réunion des «Amis du peuple syrien», ont appelé à l'adoption de sanctions internationales contre le régime de Bachar el-Assad, alors qu'en Syrie, de nouvelles violences ont fait des dizaines de morts.

La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, participait à cette réunion, destinée notamment à élargir le soutien au plan de transition politique présenté la semaine dernière par Kofi Annan, l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe en Syrie. Mme Clinton a appelé à des «conséquences réelles et immédiates, y compris des sanctions» contre le régime syrien en cas de non-respect de ce plan.

Mais le plus difficile reste de convaincre la Russie et la Chine, absentes de la réunion de Paris et opposées à des sanctions contre Damas. Les deux pays, qui disposent d'un droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU, ont bloqué toute résolution condamnant le régime syrien et refusent d'appeler le président Bachar el-Assad à quitter le pouvoir.

Hillary Clinton a exhorté les gouvernements d'«entrer en contact avec la Russie et la Chine» et de «leur demander de sortir de la ligne de touche et de commencer à soutenir les aspirations légitimes du peuple syrien».

Le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a joint sa voix à celle de Mme Clinton. Il a affirmé que la Russie devait cesser d'entraver les efforts de la communauté internationale pour pousser Bachar el-Assad vers la sortie.

«Je crois que nous sommes tous conscients que la Russie fait figure d'obstacle principal dans le dossier», a affirmé M. Baird lors d'une conférence téléphonique. «On ne parle pas simplement de bloquer les sanctions du Conseil de sécurité, mais bien de permettre au régime de se maintenir. Ils doivent réfléchir au rôle qu'ils souhaitent avoir dans un monde civilisé», a-t-il poursuivi.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a annoncé que de nombreux pays avaient décidé d'accroître leur aide à l'opposition. «Certains des participants, dont la France, ont procuré aux opposants des moyens améliorés de communication pour qu'il n'y ait pas de possibilité pour le régime de filtrer ces communications», a-t-il déclaré à l'issue de la réunion.

Il a ajouté que l'aide humanitaire serait accrue. «Plusieurs pays ont annoncé des aides supplémentaires financières lors de cette réunion. C'est le cas notamment de la France, qui a annoncé un million d'euros supplémentaire affecté au fonds d'urgence.»

John Baird a de son côté annoncé que le Canada fournirait un million $ supplémentaire pour l'aide humanitaire en Syrie.

Le président français François Hollande, qui a reçu Hillary Clinton en privé, a souligné que cette réunion avait «permis d'apporter un soutien renouvelé au peuple syrien et de renforcer la pression sur le régime de Damas».

Burhan Ghalioun, ancien dirigeant du Conseil national syrien, a toutefois fait part de sa frustration à la fin de la réunion.

«Je ne suis pas du tout satisfait parce que les Syriens n'attendent pas des communiqués de presse. Ce qui préoccupe les Syriens aujourd'hui, c'est de quelle manière nous pouvons arrêter le massacre. Chaque jour, il y a 100, 130, 150 victimes et les gens ne pensent qu'à cela», a-t-il déclaré. «Ils veulent une action, ils veulent des mesures et un mécanisme utile pour arrêter les tueries.»

Sur le terrain, des militants de l'opposition ont rapporté de nouvelles violences vendredi. Selon eux, les forces gouvernementales ont tué au moins 25 personnes lors d'une offensive sur une ville du nord du pays, en plus d'avoir arrêté des dizaines de personnes et mis le feu à plusieurs maisons.

Les forces gouvernementales ont mené un raid meurtrier à Khan Sheikhoun, dans le nord de la Syrie, une ville rebelle de 800 000 habitants située sur la principale autoroute qui relie le nord et le sud du pays.

Un militant de l'opposition originaire de cette ville, Osama Kayal, a expliqué que les forces du régime avaient tenté de reprendre le contrôle de la localité plus tôt cette semaine, mais que des rebelles les avaient repoussés, détruisant au moins six véhicules militaires et tuant un soldat.

Mais les rebelles se sont retirés de la ville mercredi quand une force gouvernementale soutenue par des hélicoptères est arrivée. En entrant dans la ville, les soldats ont mis le feu à plusieurs maisons et ont arrêté des dizaines de personnes, a dit M. Kayal.

Selon lui, au moins 25 personnes ont été tuées à Khan Sheikhoun depuis mercredi. Il a été contacté par l'Associated Press par le biais de Skype dans un village voisin. «J'ai dû quitter la ville parce qu'ils ont brûlé ma maison», a-t-il précisé.

Un autre militant, Fadi al-Yassin, a déclaré par Skype qu'il avait les noms de 30 personnes tuées, mais qu'il pourrait y en avoir beaucoup d'autres.

«Il est très difficile de savoir combien il y en a parce que la ville est maintenant totalement contrôlée par l'armée», a-t-il affirmé, en ajoutant que les soldats avaient arrêté des centaines de résidants et incendié plus de 100 maisons.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme, une organisation de l'opposition établie à Londres, a par ailleurs rapporté des affrontements entre rebelles et soldats à Maaret al-Noman, une autre ville du nord du pays. Deux rebelles et deux civils ont été tués dans un tir d'artillerie des forces gouvernementales, tandis que les rebelles ont tué au moins huit soldats en attaquant un véhicule militaire, selon l'organisation.

L'Observatoire, qui s'appuie sur un réseau d'informateurs sur le terrain, affirme que d'autres affrontements ailleurs dans le pays ont tué au moins 38 civils et 14 soldats gouvernementaux vendredi.

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