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JO-2012 - Lemaitre fonce vers les Jeux au naturel, timide mais sans complexe

06/07/2012 08:15 EDT | Actualisé 05/09/2012 05:12 EDT

Le sprinteur français Christophe Lemaitre aborde à 22 ans ses premiers jeux Olympiques avec l'ambition d'être lui-même, motivé mais réaliste face aux perspectives délicates qui l'attendent à Londres où l'hégémonie américano-caribéenne sur le monde du sprint s'annonce ardue.

Et si Christophe Lemaitre préparait déjà Rio-2016 ? Au regard des bilans du début de saison, le Savoyard peut s'inquiéter de ne pas apparaître plus haut dans la hiérarchie mondiale (24e sprinteur sur 100 m, 18e sur 200 m).

Mais Lemaitre, comme toujours, avance à son rythme.

"Il donne l'impression de ne jamais vous écouter mais il comprend tout. Il pige tout très vite. Par principe il dit toujours +non+ pour me contrarier, mais il n'est pas dans l'opposition: c'est un gars sympa", résume son entraîneur Pierre Carraz.

Sur le stade Jacques-Forestier d'Aix-les-Bains, Lemaitre se comporte comme un anonyme au milieu de son groupe d'entraînement. Sous la pluie, dans le vent, parfois même dans la neige, avec ou sans capuche, Lemaitre prépare les Jeux comme la finale des interclubs. On a peine à croire que Londres est dans si peu de temps.

Debout en bout de couloir, il attend patiemment son tour alors que ses partenaires de clubs avalent les plots alignés en ligne droite. Bien vite, il se positionnera en marge, sur les couloirs les plus proches de la pelouse centrale, pour éviter des risques de collision à haute vitesse.

Des montagnes, un ciel lourd, et l'envie de courber l'échine devant la force de la nature: c'est dans cet environnement - où l'humilité et le silence transpirent partout - que Lemaitre a grandi, et grandit encore un peu plus chaque jour.

"Je suis encore timide, ça c'est sûr, mais j'arrive aujourd'hui à le rendre moins perceptible", confie-t-il à l'AFP. "L'athlétisme m'a aidé à me sentir mieux, à être plus en confiance par rapport à moi-même. Se dire qu'on peut faire de telles performances dans un sport, alors qu'on ne s'en doutait pas, cela apporte de la confiance. Ca m'a aidé à être plus extraverti, à m'ouvrir un peu plus aux autres".

Son courage se traduit par sa volonté de répondre en anglais à la presse internationale. Ou par sa faculté à blaguer avec ceux qui le suivent au quotidien.

Qui s'amuse à repousser avec un clin d'oeil les enregistreurs au moment de répondre aux sollicitations après une course ? Qui se permet de glisser, caché derrière une porte +Non, je n'irai pas+ sur le ton de la blague avant de faire son apparition dans une salle bondée, où que le speaker vient d'annoncer son entrée avec force déférence ?

A 22 ans, Lemaitre est un grand enfant, "qui ne se soucie absolument pas de sa diététique", au grand dam parfois de ses conseillers.

Sa fraîcheur, son naturel en font un athlète à part. Il n'est pas simplement le premier Blanc à avoir brisé la barrière des 10 secondes, il est celui sur lequel les émotions glissent le plus, une fois le résultat digéré.

Mais attention, sur le moment, Lemaitre est un compétiteur acharné. Il hait la défaite et il se hait aussi lui-même quand il n'a pas réussi ce qu'il espérait.

Il n'y avait qu'à voir sa frustration et sa colère après son 10.45 pour sa rentrée fin avril. Un temps indigne de son standing qui, dans les minutes suivantes, ont généré une remise en cause totale - son départ, la longueur de sa foulée, sa fréquence de jambes - alors qu'il n'en était qu'aux prémices de son travail.

Lemaitre est entier et, sur la piste, il ne veut rien laisser aux autres: "Quand je pars, la seule chose que je me dis, c'est vraiment d'essayer de bouffer tout le monde."

A Londres, une place en finale serait une réussite, quelles que soient la ou les distances choisies (100 et/ou 200). Mais qui sait si, tapi dans l'ombre, il ne viendra pas chiper une médaille à des moins taiseux que lui ?

fbr/ol/bvo

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