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JO-2012 - Athlétisme: Kenya et Ethiopie toujours rivaux en fond et demi-fond

06/07/2012 08:06 EDT | Actualisé 05/09/2012 05:12 EDT

La rivalité historique entre les cousins des hauts plateaux africains dans les courses de résistance sera renouvelée aux Jeux de Londres entre le Kenya, décidé à reconquérir l'or du 10.000 m, et l'Ethiopie qui s'est invitée dans le pré carré kényan en demi-fond court.

C'est tout l'enjeu d'une énième confrontation qui ne laissera que des miettes au reste du monde et qui reflète également des conceptions du sport et des niveaux de structures bien différents.

Beaucoup moins peuplé que l'Ethiopie -39 millions d'habitants contre environ 92-, le Kenya dispose pourtant d'une base d'athlètes sans commune mesure, avec un réservoir de 30.000 coureurs contre 4.000 environ en Ethiopie.

L'ancienne colonie britannique s'est largement ouverte au monde, avec l'implantation d'un centre de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) à Nairobi. Des instituteurs ont été sensibilisés aux pratiques de l'entraînement, un viatique pour repérer dans leurs classes les pépites d'or qui feront les futurs bijoux de la piste.

A l'inverse, deux décennies de régime communiste ont forgé le repli de l'Ethiopie, dont les entraîneurs, formés à l'école de l'ex-RDA, sont soupçonnés d'entretenir "des méthodes étatisées de dopage".

Fikru Takele, directeur de la Fédération éthiopienne d'athlétisme, explique en revanche les succès par "des conditions climatiques particulières, la spécificité de notre nourriture et la discipline de nos athlètes".

M. Takele insiste encore sur l'esprit d'équipe et le fait que "les entraîneurs s'occupent personnellement de chaque athlète, quand ce sont des managers étrangers qui dictent les plans d'entraînement des Kényans".

Aux petits groupes éthiopiens, le Kenya oppose des camps pouvant regrouper chacun un millier d'athlètes.

Echaudée par les échecs répétés de ses marathoniens aux JO, la Fédération kényane (AK) a limité les prérogatives des managers et agents avant l'édition 2008 et a délégué sa meilleure équipe à Pékin. L'essai a été réussi, avec l'éclatante victoire du jeune Samuel Wanjiru, décédé accidentellement en 2011.

Dans un passé récent, les Kényans avaient succombé régulièrement au sprint terminal de leurs voisins et rivaux Tirunesh Dibaba et Kenenisa Bekele, cinq titres olympiques à eux deux entre 5000 et 10.000 m. "Nous avons porté notre effort sur ce point (le finish), que les Ethiopiens avaient pris en compte bien avant nous", reconnaît l'entraîneur en chef kényan Julius Kirwa.

"Cette fois (à Londres), nous espérons gagner à nouveau le 10.000 m messieurs, ce qui n'est plus arrivé depuis 44 ans (NDLR: JO-68 de Mexico avec Naftali Temu). Nos filles ont démontré d'impressionnants progrès dans ce secteur. Vivian Cheruiyot a réussi le doublé 5000 m/10.000 m aux Mondiaux de Daegu. Et nous attendons quelque chose d'aussi bien aux Jeux", remarque Isaiah Kiplagat, président d'AK.

Preuve aussi d'un encadrement plus strict, le Kenya envisage d'établir en juillet un camp préolympique à Bristol, dans l'ouest de l'Angleterre. Mais ce n'est pas gagné, tant les sélectionnés préfèrent se préparer en altitude, comme d'habitude.

A cette "offensive" kényane pour reprendre le contrôle du demi-fond long, les Ethiopiens ont réagi en modifiant leur ADN. La nation qui a écrit l'histoire du fond, d'Abebe Bikila, le marathonien aux pieds nus triomphant aux Jeux de Rome sous l'Arc de Constantin, à Hailé Gebreselassié, offre désormais au monde des coureurs de 800 m d'excellence. Ils s'appellent Mohammed Aman, 18 ans, le seul capable d'inquiéter le "roi" David Rudisha, gloire du Kenya, et, chez les dames, Fatima Magiso, 20 ans.

Signe du changement perceptible du côté d'Addis Abeba, Magiso est à l'aise face aux médias, et apprécie la musique disco.

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