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Deux anciens dictateurs argentins condamnés pour le vol de bébés

06/07/2012 04:44 EDT | Actualisé 04/09/2012 05:12 EDT

BUENOS AIRES, Argentina - Deux anciens dictateurs argentins ont été reconnus coupables jeudi d'avoir mené une campagne systématique pour voler des bébés de prisonnières pendant la lutte de la junte militaire contre les dissidents de gauche, il y a plus de 30 ans. Jorge Rafael Videla a été condamné à 50 ans de prison, tandis que Reynaldo Bignone écopait de quinze ans.

Ces condamnations sont une étape majeure dans les efforts entrepris par Buenos Aires pour sanctionner les violations des droits de l'Homme. Au moins 17 autres affaires sont actuellement en cours d'instruction ou sur le point d'être jugées.

L'Argentine prépare ainsi le "méga-procès" de 65 personnes accusées d'avoir sévi au sein du centre de torture installé à l'Ecole supérieure de mécanique de la marine pendant la dictature. Près de 900 victimes ont été recensées.

Les vols de bébés en Argentine se sont produits pendant la dictature militaire, de 1976 à 1983. Videla et d'autres responsables militaires et policiers de l'Argentine étaient déterminés à éliminer toute trace du mouvement de guérilla de gauche qui, selon eux, menaçait l'avenir du pays. La "guerre sale", telle qu'elle est connue en Argentine, a fait quelque 13.000 victimes, selon les chiffres officiels. Plusieurs de ces victimes étaient des femmes enceintes qui ont accouché dans des maternités clandestines.

Lors du procès, Jorge Rafael Videla a affirmé qu'il n'y avait pas eu de campagne systématique pour voler les bébés. Il a accusé les femmes détenues d'avoir utilisé leurs bébés comme "boucliers humains" dans leur combat contre la dictature.

Neuf autres personnes, principalement d'anciens militaires et policiers, étaient également jugés dans ce procès, qui portait sur le vol de 34 bébés. Sept d'entre eux ont été reconnus coupables et deux autres ont été acquittés.

Grâce à des preuves d'ADN, les Grands-mères de la place de Mai ont permis à 106 personnes de retrouver leur véritable identité. Plusieurs de ces personnes ont été élevées par des familles de militaires ou leurs alliés, qui ont falsifié leurs noms de naissance pour éliminer toute trace de leur origine. L'organisation estime que jusqu'à 500 bébés pourraient avoir été volés à leur mère pendant la dictature militaire, mais la destruction des documents et le passage du temps font qu'il est impossible de déterminer un chiffre précis.

Videla, âgé de 86 ans, a été condamné à la peine maximale pour sa responsabilité criminelle dans le vol de 20 bébés. Bignone et lui purgent déjà des peines de prison à vie pour d'autres crimes contre l'humanité. Ils sont maintenus en détention malgré une loi argentine qui prévoit que les criminels âgés de plus de 70 ans peuvent purger leur peine à la maison.

Une commission baptisée "Plus jamais" formée après le rétablissement de la démocratie en 1983 a recensé plusieurs milliers de crimes contre l'humanité pendant la dictature. Mais peu de responsables de ces agissements ont été poursuivis jusqu'à l'élection de feu Nestor Kirchner à la présidence 20 ans plus tard.

Par ailleurs, en dehors de l'emprisonnement de Videla et Bignone, la plupart des accusés condamnés pour des violations des droits de l'Homme sont libres après avoir fait appel, tandis que de nombreux autres attendent leur procès.

Selon un bilan dressé en mars par le Centre pour les études légales et sociales (indépendant), 1.861 noms ont été recensés dans des affaires de terrorisme d'Etat, mais seuls 17% ont été jugés, avec 92% reconnus coupables des faits qui leur étaient reprochés. AP

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