NOUVELLES

CORRIGÉ: Syrie: Manaf Tlass, de la jeunesse dorée à la dissidence

06/07/2012 12:03 EDT | Actualisé 05/09/2012 05:12 EDT

Manaf Tlass, le général syrien proche du président Assad qui a fait défection, est un représentant typique de la jeunesse dorée de Damas, entré en dissidence après la brutale répression menée par le régime et la destruction de Rastane, le berceau familial près de Homs.

Bel homme de 48 ans, habillé avec goût, marié à une femme issue de la bonne bourgeoisie de Damas, il est amateur de belles voitures, fume volontiers le cigare, fréquente les cafés à la mode de la capitale syrienne mais préfère passer l'été sur la côte d'Azur française.

Dans cette "nomenklatura" syrienne, les élites au pouvoir se fréquentent et le père, Moustapha Tlass, est ami avec Hafez al-Assad, qui a gouverné ce pays pendant 30 ans. Manaf devient ainsi l'ami de Bassel, fils aîné de Hafez al-Assad, père de l'actuel président Bachar al-Assad. Bassel s'est tué dans un accident de voiture en 1994.

Tous les deux embrassent la carrière militaire comme leurs pères qui se sont connus à l'académie militaire de Homs au début des années 50. Les deux jeunes gens appartiennent à la Garde républicaine, l'élite militaire du pays.

"Moustapha Tlass a fait une judicieuse association: il a placé son aîné dans l'armée et le cadet, Firas, dans les affaires", explique le spécialiste de la Syrie, Fabrice Balanche.

Firas "s'occupait du groupe MAS, spécialisé dans les fournitures de l'armée syrienne --nourritures, vêtements, médicaments--, un monopole offert à cette famille par Hafez al-Assad car Moustapha était une des cautions sunnites du régime", ajoute l'expert.

Hafez al-Assad et Moustapha Tlass, tous deux membres du parti Baas, sont stationnés au Caire entre 1958 et 1961 pendant la période de la République arabe unie entre la Syrie et l'Egypte, à laquelle ils sont opposés. Quand Hafez al-Assad prend le pouvoir en 1970, Tlass devient deux ans plus tard ministre de le Défense.

Seule différence entre les deux hommes: Assad est alaouite, une émanation du chiisme, qui représente 10% de la population, alors que Tlass est sunnite, la principale communauté religieuse du pays.

Si Hafez al-Assad ne s'occupe que de politique, Moustafa Tlass écrit un recueil sur les fleurs de Syrie, quelques livres antisémites, et même quelques poèmes pour l'actrice italienne Gina Lollobrigida.

Manaf est l'aîné d'une famille de quatre enfants. Général dans la Garde républicaine, il avait été écarté il y a plus d'un an de ses responsabilités, car jugé peu fiable, selon une source proche du pouvoir qui a fait état de sa défection.

Il avait tenté sans succès des missions de conciliation entre le pouvoir et le rebelles à Rastane et à Deraa (sud). Depuis plusieurs mois, il avait troqué son uniforme pour des habits civils et vivait à Damas, où il s'était laissé pousser les cheveux et la barbe.

Une autre source à Damas confie que la rupture avec le pouvoir avait été consommée avec le refus du général de prendre la tête de l'unité chargée de l'offensive en février-mars contre Baba Amr, un quartier de Homs alors contrôlé par les rebelles. Bachar al-Assad l'aurait ensuite mis à l'écart.

Selon cette même source, Manaf Tlass a choisi de partir, furieux, après le refus du président de le faire passer du grade de général de brigade à celui de général de division lors de la promotion militaire annuelle du 1er juillet.

Selon des proches du général, toute sa famille se trouve déjà à l'étranger, ainsi que son frère Firas, installé à Dubaï. Au début de la révolte syrienne, ce dernier avait publié sur son blog des commentaires favorables à la contestation. Sa soeur, Nahed Ojjeh, veuve du marchand d'armes et milliardaire saoudien Akram Ojjeh, habite à Paris où Manaf a décidé de s'installer.

Leur cousin Abdel Razzak Tlass commande d'ailleurs à Homs la brigade Farouk, une unité combattante de l'Armée libre syrienne, formée essentiellement de déserteurs.

"Les Tlass étaient choyés par le régime parce qu'ils assuraient la loyauté des sunnites de Syrie centrale, tout de moins de Rastane", indique M. Balanche.

"Etant incapable d'assurer ce rôle, il n'y a plus aucune raison de leur faire des cadeaux, d'autant que leur attitude prédatrice a contribué à la situation explosive de Rastane".

sk/sw

PLUS:afp