Festival international de jazz de Montréal: L'univers fantastique de Patrick Watson (PHOTOS)

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PATRICK WATSON JAZZ
Patrick Watson dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. (Crédit photo: Marc Young) | Marc Young

MONTRÉAL - Malgré toute l'effervescence entourant sa carrière depuis quelques années, Patrick Watson demeure un créateur fidèle à l'émotion et prudent à l'endroit d'une dérive purement pop, chemin souvent emprunté par les artistes qui obtiennent une reconnaissance semblable du public et de leurs pairs. Après une présence fort appréciée sur la grande scène extérieure du Festival de jazz en 2009, le Montréalais était à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, pour une rencontre très attendue, à guichets fermés.

Avec en poche sont album Adventures In Your Own Backyard, paru en avril, et probablement confiants de trois concerts fort réussis au Corona durant la même période, les Patrick Watson, Simon Angell (guitare), Robbie Kuster (batterie), Mélanie Bélair (violon) et Mishka Stein (basse) et tous les autres (il y a aussi les trois violons, le violoncelle, les 4 cuivres ainsi que la dizaine de personnes de la chorale nommée Les Voies Ferrées) avaient donné rendez-vous à leurs fans pour un cérémonial grandiose.

En ouverture, le chanteur apparaît dans l'obscurité pour envoyer au piano la nouvelle chanson « Lighthouse ». Dans la salle, de nombreux spectateurs extatiques brandissent doucement une petite ampoule lumineuse blanche bleutée. La mélodie est belle, égaillée par la scie musicale et le doux roulement de tambour.

«Montréal, ça fait du bien d'être chez nous. C'est vraiment un honneur pour nous d'être au Jazzfest, en plus », lancera Watson un peu plus tard.

Somptueuse déroute

Fidèle à lui-même, le groupe enchainera les morceaux avec des arrangements étonnants, parfois déroutants, souvent somptueux. Mixture singulière de folk rock intimiste et de musique orchestrale, on adore les multiples attentions vocales planantes et réconfortantes. On apprécie également l'inventivité des David Carbonneau, Jean-Sébastien Vachon ou encore Benjamin Raymond aux trompettes, trombones et piccolo qui donnent à cette musique rock de fête foraine des relents de mariachis mexicains ou western spaghetti.

À « Quiet Crowd », cette pièce dédiée aux gens silencieux, de superbes projections noir et blanc filtrent à travers six membranes circulaires (de taille différentes) blanches disposées derrière les musiciens. Sur une jolie balade enveloppante, les violons et la basse créent une ambiance dramatique alors qu'on regarde ces personnes défiler dans les rues d'une ville sans nom.

La quasi totalité des huit premières chansons du concert étaient des compositions provenant du dernier opus. « Into Giants » sera l'une d'elle. Dans cette formule organique de « feu de camp » devenue maintenant une signature du groupe, une partie des musiciens se sont rassemblés au centre de la scène pour interpréter en chœur le morceau. La mandoline pave la voie à de touchantes harmonies vocales. Soudain, Watson se dirige au piano. Au même moment, plus d'une centaine de lumières jaunâtres scintillent au dessus de sa tête, comme de la poussière d'étoile.

Au son de la pedal steel, des oiseaux migrateurs ou encore des requins marteaux voleront ensuite sur les écrans. L'atmosphère est très cinématographique. On assiste à quelque chose qui pourrait s'apparenter à la naissance du monde. Sur une musique chargée, la voix de Patrick Watson est accompagnée par la chorale. Encore une fois, volée d'applaudissements.

L'émotion

Tout le long du spectacle, les doux moments intimiste et aériens alternent avec des passages rock plus pesant, durant lesquels les musiciens se déchainent littéralement créant chez le spectateur une palette d'émotions aux couleurs variées. Certains passages sont néanmoins plus légers, voire amusants, le leader du groupe se plaisant à discuter à l'occasion avec l'audience.

Au final, on notera les quelques chansons que Patrick Watson a puisé de son ancien répertoire comme « Big Bird in a Small Cage » (de Wooden Arms) et « Close To Paradise », jouée en rappel.

Proposition d'une maturité lyrique impressionnante; mise en scène théâtrale et avant-gardiste, riche et fantaisiste ambiances; allure décontractée malgré la complexité des arrangements; textes inspirés; textures sonores ingénieuses; sensibles interprétations; tout est là pour donner un concert grandiose. Seule ombre au tableau : cette difficulté renouvelée à saisir les paroles durant plusieurs morceaux. Quelque chose à voir peut-être avec l'orchestration touffue ou encore ce timbre aigu et doux qui caractérise la voix de tête de Patrick Watson.

Généreuse ovation pour cet univers fantastique.

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