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Le polonium, déjà à l'origine d'une retentissante affaire d'empoisonnement

05/07/2012 08:09 EDT | Actualisé 04/09/2012 05:12 EDT

Le polonium, découvert en quantité "anormale" dans les effets du dirigeant palestinien Yasser Arafat, décédé en 2004, est une matière hautement radioactive et extrêmement toxique, déjà mise en cause dans l'empoisonnement en 2006 de l'opposant russe Alexandre Litvinenko.

Elément chimique naturel présent dans la pechblende (minerai d'uranium), le polonium, découvert en 1898 par Marie Curie, est utilisé comme source de rayonnement Alpha dans la recherche et en médecine mais aussi, entre autres, comme source de chauffage dans les engins spatiaux.

Il reste toutefois très rare, avec un milliardième de gramme de polonium au maximum dans dix grammes d'uranium. Sa production nécessite un réacteur nucléaire et est estimée à moins de 100 grammes par an à l'échelle mondiale, en grande majorité d'origine russe.

Soluble, très toxique à des doses infimes par inhalation ou ingestion, le polonium est un élément particulièrement dangereux, dont la manipulation exige un équipement spécial et des procédures strictes. A lui seul, il suffit à provoquer des cancers par inhalation chez les animaux de laboratoire.

En novembre 2006, la mort à Londres d'Alexandre Litvinenko, empoisonné au polonium selon un scénario digne des plus grands romans d'espionnage, avait provoqué une grave crise diplomatique entre la Grande-Bretagne et la Russie.

Litvinenko, un transfuge des services secrets russes (FSB) réfugié à Londres, était décédé à 43 ans le 23 novembre dans un hôpital londonien, trois semaines seulement après avoir rencontré et bu le thé avec un autre ancien agent russe, Andreï Lougovoï. En quelques jours, Litvinenko, première victime connue d'un "assassinat radiologique", selon des experts, avait perdu tous ses cheveux, son foie et sa moelle osseuse étant atteints par de fortes doses de radiations.

Considéré par Scotland Yard comme le principal suspect de cet assassinat, l'ex-espion Andreï Lougovoï avait laissé derrière lui un sillage de radioactivité sur le chemin de son retour en Russie. En dépit des demandes répétées de Londres, Moscou a toujours refusé de l'extrader.

Depuis lors, le FSB reste non grata à Londres et s'est vu refuser d'assurer la sécurité de la délégation russe aux prochains Jeux Olympiques de Londres.

Dans le cas de Yasser Arafat, décédé le 11 novembre 2004 dans un hôpital militaire français, le plutonium aurait été retrouvé dans des échantillons biologiques prélevés dans ses effets personnels, et analysés par l'Institute for Radiation Physics de Lausanne (Suisse).

Dans un documentaire diffusé mardi par la chaîne qatarie Al-Jazeera, le directeur de cet institut, François Bochud, a confirmé avoir "trouvé (un niveau) significatif de polonium dans ces échantillons". Selon lui, cette substance radioactive n'est accessible qu'à "des gens qui s'intéressent ou construisent des armes nucléaires".

Huit ans après, la mort du chef historique palestinien est toujours un mystère, les quelque 50 médecins qui se sont relayés à son chevet n'ayant pas précisé les causes exactes de la rapide dégradation de son état de santé. Selon le rapport établi par les médecins français, Arafat est décédé, victime d'une "importante altération de (son) état général et d'anomalies sanguines".

alc/vl

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