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La diplomatie sud-africaine abat son atout Mandela en Amérique latine

05/07/2012 10:12 EDT | Actualisé 04/09/2012 05:12 EDT

L'Afrique du Sud s'apprête à jouer son meilleur atout people pour muscler sa diplomatie en Amérique latine, continent porteur économiquement, en nommant une fille de l'ex-président Nelson Mandela comme ambassadrice en Argentine.

Zenani Mandela-Dlamini, 53 ans, fille aînée de Winnie et Nelson Mandela, n'a pas encore été officiellement nommée, mais selon sa nièce Ndelani Mandela contactée par l'AFP, "elle a informé la famille" et devrait prendre ses fonctions "autour de septembre".

Sans expérience diplomatique, Mme Mandela-Dlamini est aussi restée à l'écart de la politique et des activités de l'ANC, le parti au pouvoir en Afrique du Sud dont son père, bientôt âgé de 94 ans, est le plus illustre membre.

Mais, outre son nom de famille, cette Sud-Africaine a pour elle une carrière dans le monde des affaires, à l'heure où l'Afrique du Sud imprime à sa diplomatie une ligne pragmatique au service de ses intérêts économiques, l'éloignant parfois des idéaux de la lutte anti-apartheid.

L'Afrique du Sud s'aligne ainsi en partie sur la Russie et la Chine, qui l'ont admise fin 2010 dans le bloc des Brics, aux côtés de l'Inde et du Brésil, allié clé sur le continent sud-américain.

Née à Soweto le 5 février 1959, trois mois après que sa mère ait fait de la prison pour sa participation à une manifestation de femmes contre les passeports intérieurs imposés à la majorité noire, Zenani doit son prénom à un cousin de son père, le chef Mdingi.

C'est lui qui "proposa le nom de Zenani, ce qui signifie +qu'as-tu apporté au monde?+ -un nom poétique qui incarne un défi en suggérant qu'on doit apporter quelque chose à la société", raconte Nelson Mandela dans son autobiographie.

"C'est un nom qu'on ne fait pas que porter: il oblige à mener une vie qui en soit digne", ajoute l'icône mondiale de lutte anti-apartheid et de la réconciliation.

La fillette n'avait que six ans quand son père a été emprisonné sur l'île-prison de Robben Island. Elle ne devait le revoir au parloir que dix ans plus tard.

Scolarisée en Afrique du Sud, puis au Swaziland et aux Etats-Unis, "Zeni" est diplômée en sciences de l'université de Boston et a vécu aux Etats-Unis de 1982 à 1990, année de la libération de son père.

Selon le who's who sud-africain, "Zeni" a toujours travaillé dans l'industrie de la communication, des loisirs ou à la tête de cabinets de consultants.

En 1973, elle a épousé le prince Thumbumuzi Dlamini, fils du roi du Swaziland Sobhuza II et demi-frère de l'actuel roi Mswati III.

Elle a gardé le titre de princesse royale swazie, bien qu'ils soient séparés depuis dix ans.

"L'Argentine sera certainement plutôt flattée d'avoir une Mandela sur sa liste diplomatique", a commenté à l'AFP l'ex-ambassadeur sud-africain, Tom Wheeler, en poste au début des années 2000 en Amérique latine et aux Caraïbes.

Selon ce diplomate, aujourd'hui chercheur à l'Institut sud-africain pour les affaires internationales (SAIIA), la relation avec l'Argentine a toujours été bonne, sauf aux pires heures de l'apartheid.

Les deux pays ont en commun l'hémisphère sud, d'être des pays émergents et "ces derniers temps, nous avons importé beaucoup de céréales, notre farine, etc... de là-bas quand nous n'arrivions pas à produire suffisamment", dit-il.

"Les deux derniers ambassadeurs se sont concentrés sur le volet échanges commerciaux" qui atteignent environ 1,3 milliard de dollars par an, et selon lui, "la nouvelle ambassadrice maintiendra cette ligne".

Peu de membres de la famille de Nelson Mandela sont dans la vie publique. "Zeni" sera la première de ses trois enfants survivants à se lancer.

Elle a été seulement devancée par un des petit-fils, Mandla Mandela, 37 ans, député ANC mais qui a mauvaise presse en raison notamment de démêlés conjugaux.

A Buenos Aires, Mme Mandela-Dlamini remplacera Tony Leon, ancien dirigeant de l'Alliance démocratique (DA, opposition), en poste depuis 2009 et qui a demandé à rentrer.

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