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EXCLUSIF AFP Les rebelles défendent au prix du sang le plus célèbre fort croisé de Syrie

05/07/2012 04:30 EDT | Actualisé 03/09/2012 05:12 EDT

Protégés par la nuit, cinq rebelles syriens gravissent à bord de trois motos, tous feux éteints, le chemin conduisant au château croisé, le Krak des Chevaliers, qu'ils défendent farouchement contre l'armée fidèle à Bachar al-Assad.

Sur la route grêlée de cratères, la montée est ponctuée des bruits d'explosion, car la voie est bombardée en permanence par les chars et l'artillerie.

C'est la première fois qu'un journaliste a pu se rendre dans cette zone de la province de Homs (centre) depuis le début de la révolte en Syrie il y a près de 16 mois. Il lui a fallu pour cela éviter trois barrages de l'armée syrienne qui assiège la région et des villages alaouites favorables au régime disséminés autour de la forteresse.

"Nous n'avons que des armes légères, mais nous faisons de notre mieux pour protéger la citadelle. Cet héritage historique est la propriété de tous les Syriens", explique Khodr, un étudiant de 22 ans, kalachnikov en bandoulière.

"Le régime se fiche de la protection de cette zone historique. La citadelle est ciblée en permanence et notre devoir est de la protéger", assure un autre combattant en civil, qui arpente la muraille en montrant une ailette d'obus de mortier encore fumante.

Perchée sur le haut d'une colline aux flancs abrupts, l'ouvrage fut construit en 1031 par les Abbassides mais c'est Tancrède, régent d'Antioche, qui s'en empara en 1110 et y installa une garnison franque, lors de la première croisade.

En 1142, le château est confié à l'ordre des Hospitaliers, qui construit plusieurs ouvrages défensifs et c'est de cette époque que date le nom de Krak des Chevaliers.

Saladin eut beau infliger de nombreuses défaites aux croisés, il ne put s'en emparer et ce sont les Mamelouks en 1271 qui le prirent par la ruse.

Il y a un an, les habitants sunnites disséminés autour de la citadelle se sont soulevés contre le régime en place depuis un demi-siècle et se sont emparés de Qalaat al-Hosn, qui signifie "forteresse imprenable" en arabe.

Pour empêcher toute infiltration, quatre à dix francs-tireurs, surnommés "les fantômes" par les habitants, vivent en permanence dans ce château gothique, ravitaillés par leurs camarades.

Cet édifice ne semble pas avoir subi de graves dommages car les combats ont surtout lieu dans les contreforts. Cent mètres en contrebas, c'est la guerre.

Il est 05H30 du matin. Profitant de l'épais brouillard, les forces loyalistes tentent une incursion sanglante. Ahmad de l'Armée syrienne libre (ASL), qui regroupe surtout des déserteurs, est abattu au bord d'une route par un franc-tireur loyaliste de deux balles dans la tête.

Sous un feu nourri, le corps de ce père de trois enfants est évacué par cinq compagnons d'armes, dont son frère, derrière un muret. Une camionnette s'approche sous les tirs de mitrailleuses et emporte le corps.

Un jeune combattant de 13 ans, le visage enfantin, T-shirt noir, jean avec un baudrier, kalachnikov à la main, s'approche de son ami inanimé et l'appelle d'une voix étouffée: "Ahmad, Ahmad. Ô mon Dieu". Il éclate en sanglots et repart aussitôt au combat.

Quelques minutes plus tard, Ayham, le frère d'Ahmad, tombe à son tour d'une balle dans la tête. Durant la bataille de l'aube, six rebelles périssent pour défendre "leur" château.

Dans le village turcoman sunnite d'Azzara, une procession accompagne les deux corps jusqu'au cimetière alors qu'une foule scande "Le peuple veut la chute du régime". Les épouses et les soeurs, vêtues de noir, caressent une dernière fois le visage ensanglanté des combattants avant que les corps soient mis en terre.

"Nous continuerons à nous battre jusqu'au dernier. Bachar a essayé en vain de terrifier les habitants pour qu'ils nous chassent. Le régime a joué sa dernière carte", assure Nader Assaad, le chef local de la brigade al-Farouk, une unité d'élite de l'ASL.

Les habitants se battent bec et ongles car si la région tombe, ils seront à la merci de l'armée d'autant qu'ils se trouvent sur l'axe stratégique reliant Damas, Homs et la côte méditerranéenne.

"Si nous perdrons notre château, nous subirons le sort de Baba Amr", estime Mohammad al-Masri, 34 ans, un ingénieur militaire déserteur, en faisant référence au quartier de Homs détruit par les bombes et vidé de ses habitants après un mois de bombardements.

Le carnage a montré aussi le manque de coordination entre les différentes unités de l'ASL dans la région de Homs et le nombre de morts a donné conscience aux responsables qu'ils devaient changer de tactique. Des entraînements intensifs ont commencé le jour même.

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