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Bébés volés en Argentine: l'ex-dictateur Videla condamné à 50 ans de prison

05/07/2012 06:25 EDT | Actualisé 04/09/2012 05:12 EDT

BUENOS AIRES, Argentine - L'ancien dictateur argentin Jorge Rafael Videla a été reconnu coupable, jeudi, d'avoir mené une campagne systématique pour voler des bébés de prisonnières durant la lutte de la junte militaire contre les dissidents de gauche, il y a plus de 30 ans. Il a été condamné à 50 ans de prison.

Le dernier dictateur argentin, Reynaldo Bignone, a aussi été reconnu coupable dans cette affaire et condamné à 15 ans de prison.

Les vols de bébés en Argentine ont eu lieu pendant la dictature militaire, de 1976 à 1983. Videla et d'autres responsables militaires et policiers de l'Argentine étaient déterminés à éliminer toute trace du mouvement de guérilla de gauche qui, selon eux, menaçait l'avenir du pays.

La «guerre sale», telle qu'elle est connue en Argentine, a fait quelque 13 000 victimes, selon les chiffres officiels. Plusieurs de ces victimes étaient des femmes enceintes qui ont accouché dans des maternités clandestines.

Lors du procès, Jorge Rafael Videla a affirmé qu'il n'y avait pas eu de campagne systématique pour voler les bébés. Il a accusé les femmes détenues d'avoir utilisé leurs bébés comme «boucliers humains» dans leur combat contre la dictature.

Neuf autres personnes, principalement d'anciens militaires et policiers, étaient aussi accusés dans ce procès, qui portait sur le vol de 34 bébés. Sept d'entre eux ont été reconnus coupables et deux autres ont été acquittés.

L'un des témoins était l'ancien diplomate américain Elliot Abrams, qui a été appelé à témoigner après que l'une de ses notes diplomatiques confidentielles au sujet d'une rencontre avec l'ambassadeur argentin eut été rendue publique à la demande de l'association des Grands-mères de la place de Mai, dont les efforts pour récolter des preuves ont été la clé de ce procès.

M. Abrams a affirmé qu'il avait tenté de convaincre en secret le dictateur Bignone de révéler l'identité des bébés volés pour faciliter le retour à la démocratie en Argentine.

«Nous savions qu'il ne s'agissait pas seulement d'un ou deux enfants», a dit le diplomate, laissant entendre dans son témoignage qu'il y avait dû y avoir une sorte de directive provenant des hauts responsables.

Aucun effort de réconciliation de ce type n'a été fait. Reynaldo Bignone a plutôt ordonné aux militaires de détruire les preuves des activités liées à la «guerre sale». La junte a nié avoir eu connaissance des vols de bébés ou de la disparition de prisonniers politiques.

Grâce à des preuves d'ADN, les Grands-mères de la place de Mai ont permis à 106 personnes de retrouver leur véritable identité. Plusieurs de ces personnes ont été élevées par des familles de militaires ou leurs alliés, qui ont falsifié leurs noms de naissance pour éliminer toute trace de leur origine.

L'organisation estime que jusqu'à 500 bébés pourraient avoir été volés à leur mère pendant la dictature militaire, mais la destruction des documents et le passage du temps font qu'il est impossible d'en arriver à un chiffre précis.

Videla, âgé de 86 ans, a été condamné à la peine maximale pour sa responsabilité criminelle dans le vol de 20 bébés.

Bignone et lui purgent déjà des peines de prison à vie pour d'autres crimes contre l'humanité. Ils sont maintenus en détention malgré une loi argentine qui prévoit que les criminels âgés de plus de 70 ans peuvent purger leur peine à la maison.

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