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Au Soudan du Sud, la jeunesse mise sur les arts pour unifier le pays

05/07/2012 02:19 EDT | Actualisé 03/09/2012 05:12 EDT

Les finalistes de "South Sudan talent search", "La Nouvelle Star" sud-soudanaise, paradent autour de la scène devant une foule déchaînée. Mais au-delà de l'attrait des paillettes, les jeunes comptent sur les arts et la culture pour souder leur nation naissante.

Détruit par des décennies de guerre civile contre Khartoum, qui ont déchiré les communautés, le Soudan du Sud tente tant bien que mal, un an après avoir arraché son indépendance au Soudan, de construire un Etat, et se forger une identité.

"Je n'aurais jamais pensé que je pourrais être ici, représenter mon pays et montrer au monde que (...), nous Sud-Soudanais, nous avons du talent," confie Thomas Tombe, un rappeur de 20 ans qui a passé l'essentiel de sa vie au Soudan.

Le jeune homme se traîne sur la scène. Son jean porté sous les fesses laisse apparaître un flamboyant caleçon flanqué des étoiles et rayures du drapeau américain.

Son nom de scène, c'est Thomas Taban, en hommage à son père, disparu dans la deuxième guerre civile Nord-Sud. Le conflit de 22 ans a débouché en 2005 sur des accords de paix ouvrant la voie à l'indépendance de Juba.

"Les nordistes ont dit que mon père faisait partie de la guérilla, ils l'ont arrêté et l'ont tué," raconte le jeune rappeur. "Je n'avais que deux mois. Ma mère a fui avec moi à Khartoum."

Il espère désormais que "South Sudan Talent search" fera le tour des dix Etats sud-soudanais, "pour montrer aux gens que nous ne faisons qu'un".

Triplex Bol, l'un des trois juges du show, se souvient lui que, pendant la guerre, sa mère le cachait sous son lit à sa chaque fois qu'elle entendait des tirs dans leur ville natale de Wau. La famille avait fini par fuir en Egypte, puis aux Etats-Unis.

Revenu au Soudan du Sud en mars, il espérait à l'origine mettre à profit son diplôme américain en justice pénale. Mais quand il a vu les cicatrices laissées par une guerre qui a fait quelque deux millions de morts, il a finalement choisi d'organiser des événements musicaux.

"Les gens ici ont besoin de beaucoup d'aide -- beaucoup d'entre eux sont traumatisés. Mais ça va changer," promet-il.

C'est au Soudan du Sud que Triplex Bol a vu sa première pièce de théâtre. La présentation locale d'une adaptation de "Cymbeline", de Shakespeare, dans le dialecte arabe de Juba, ensuite envoyée à Londres.

Le metteur en scène de la pièce, Derik Alfred, raconte qu'au Globe Theater de Londres, les expatriés sud-soudanais étaient venus en masse assister à la représentation.

"Certains disaient qu'ils se sentaient Sud-Soudanais pour la première fois -- bien plus qu'au moment de l'indépendance et du référendum", affirme-t-il.

"Beaucoup de nos problèmes viennent du fait que nous ne nous connaissons pas les uns les autres -- pendant si longtemps, nous avons été séparés par la guerre et par d'énormes distances," explique Akuja de Garang, un diplômé en études africaines qui espère aussi réconcilier les communautés par les arts.

Après l'indépendance, le Sud, qui pendant des décennies avait tenté de montrer un front uni contre Khartoum, a laissé éclater ses rivalités ethniques. Un sanglant conflit, pour des questions de bétail, a notamment éclaté dans l'Etat de Jonglei, que le gouvernement de Juba n'a jamais pu arrêter.

"Le tribalisme est là," déplore Alfred Lokuji, scientifique et professeur à l'université de Juba, craignant que le problème, de plus en plus politisé, s'aggrave.

"Il n'y a pas de problème avec les tribus en tant qu'institution sociale, mais nous avons utilisé les tribus à des fins politiques et c'est dangereux," poursuit-il.

"L'art, le théâtre, le chant, c'est là-dedans que les gens découvrent leurs différences et leurs points communs et commencent à s'apprécier mutuellement (...) tout cela va aider à construire l'identité sud-soudanaise," espère-t-il.

De retour sur la scène de "South Sudan talent search", Thomas Tombe montre des yeux les projecteurs qui, dit-il, feront le tour du pays.

"Je vois un grand avenir pour ce pays," lâche-t-il. "Nous devons travailler dur pour cela."

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