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Tunisie: l'organe chargé des médias se saborde, accuse le pouvoir de censure

04/07/2012 06:28 EDT | Actualisé 03/09/2012 05:12 EDT

L'instance tunisienne chargée de réformer le secteur des médias pour garantir leur indépendance s'est sabordée mercredi, accusant le gouvernement islamiste d'user d'"outils de désinformation et de censure", une décision alourdissant encore le climat politique en Tunisie.

"Nous avons constaté à plusieurs occasions le recours par le gouvernement aux outils de désinformation et de censure (qu'utilisaient) l'ancien régime" du président déchu Ben Ali, a indiqué le président de l'Instance indépendante chargée de réformer l'information et la communication (Inric).

"L'Instance met en garde contre la gravité de la situation dans le domaine de l'information", a ajouté en conférence de presse, Kamel Labidi.

Ce journaliste, contraint à l'exil sous le régime du président déchu Ben Ali, a souligné que le gouvernement dominé par le parti islamiste Ennahda a "ignoré" le rapport de l'Inric de fin avril qui notait déjà des "dérives" et appelait à "remédier à la destruction systématique des médias".

Le gouvernement tunisien n'avait pas réagi dans l'après-midi.

L'organisation Reporters Sans Frontières s'est aussi de nouveau inquiétée de l'évolution de la liberté de la presse.

"Non, on ne va plutôt pas dans le bon sens en ce moment, il faut aussi être lucide, mais il y a quand même une société civile forte extrêmement mobilisée", a déclaré à l'AFP Olivia Gré, directrice de RSF à Tunis.

Pour la journaliste indépendante Naziha Rjiba, il revient à la société civile de tout faire pour garantir la liberté d'expression.

"Il y a dans la société civile des composantes ainsi que des citoyens qui vont défendre la liberté de la presse, le citoyen n'est plus passif comme avant", a-t-elle dit à l'AFP, regrettant "que Ennahda n'a pas réagi favorablement à l'Inric qui a présenté une conception pour que les médias tunisiens soient libres, indépendants et professionnels".

L'Inric a été créée après la révolution de 2011 pour réformer le secteur des médias et garantir la liberté d'expression et de la presse dans le pays.

Cet organe et plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme ont dénoncé ces derniers mois le manque d'empressement du gouvernement en la matière.

Il s'agit notamment de l'application des décrets 115 et 116 destinés à garantir la protection des journalistes et jetant la base d'un cadre régulateur pour les nouveaux médias audiovisuels.

L'Union européenne avait de son côté conditionné en mai le versement de 100 millions d'euros de fonds à la Tunisie à la mise en oeuvre de ces textes.

Le monde médiatique tunisien a été marqué ces derniers mois par une série de scandales. Le dernier en date concerne le limogeage controversé samedi de Sadok Bouaben, directeur de la chaîne al-Watanya.

M. Bouaben a été demis, selon les médias officiels, car sa chaîne a invité à l'antenne une ex-responsable du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti du président déchu.

L'annonce de l'Inric intervient aussi dans un contexte de vives tensions politiques entre le gouvernement et le chef de l'Etat, Moncef Marzouki.

La présidence s'est offusquée de l'extradition controversée de l'ancien Premier ministre libyen Al-Baghdadi Al-Mahmoudi le 24 juin vers Tripoli sur décision du chef du gouvernement tunisien, l'islamiste Hamadi Jebali.

D'autres désaccords viennent alourdir le climat entre les partenaires de la coalition au pouvoir. Ainsi, la décision de M. Marzouki la semaine dernière de limoger le gouverneur de la Banque centrale, Mustapha Kamel Nabli, semble être restée sans effet.

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