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L'instance chargée de la réforme des médias en Tunisie jette l'éponge

04/07/2012 12:13 EDT | Actualisé 03/09/2012 05:12 EDT

TUNIS, Tunisie - Mise en place après la Révolution du jasmin en Tunisie pour promouvoir un secteur longtemps mis à l'index, l'Instance nationale pour la réforme de l'information et de la communication (INRIC) a annoncé mercredi qu'elle mettait fin à sa mission avant terme, dénonçant la volonté d'hégémonie du gouvernement sur les médias.

Lors d'une conférence de presse, le président de l'INRIC, Kamel Laâbidi, a estimé que la situation des médias, qu'il a qualifiée de «grave», ne permettait pas à son organisation de poursuivre sa mission. «C'est un message fort que nous voulons adresser à l'opinion publique et aux autorités», a-t-il affirmé.

L'INRIC appelle toutes les composantes de la société civile concernées par la défense du droit des citoyens à une information libre et indépendante, conforme aux règles professionnelles et déontologiques, à «agir d'urgence pour protéger ce droit qui est menacé aujourd'hui plus que jamais».

Elle relève «l'absence d'actions concrètes qui reflètent une volonté politique réelle de jeter les fondements d'une information libre et indépendante, conforme aux standards internationaux».

Refusant d'être un élément de «décor», Kamel Laâbidi a accusé le gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda de vouloir mettre la main sur les médias, d'exercer des pressions et de recourir à la censure.

Le milieu médiatique tunisien a été secouée ces derniers mois par des mesures controversées, des licenciements et des nominations.

M. Laâbidi, journaliste et militant des droits de la personne longtemps contraint à l'exil, a déploré que les recommandations du rapport publié récemment par l'INRIC, qui mettait l'accent sur les points noirs et les menaces qui pèsent sur le secteur, soient restées lettre morte.

L'INRIC a été créée au lendemain du soulèvement populaire qui a fait chuter le régime de l'ancien président Ben Ali en janvier 2011, dans le but de réformer le secteur des médias et d'en assurer l'indépendance.

L'annonce de la dissolution de l'INRIC a été précédée par une levée de boucliers d'organisations non gouvernementales, qui ont mis en garde contre «les menaces» qui planent sur l'indépendance des médias.

L'organisation Reporters sans frontières a accusé mardi le gouvernement tunisien de tenter, à travers des limogeages et des nominations controversés, de contrôler les médias publics.

Un cri d'alarme a été lancé simultanément par la Ligue tunisienne de défense des droits de l'Homme et 15 autres associations tunisiennes.

«Plusieurs indices attestent que la liberté d'expression en Tunisie est en péril, en l'absence d'un cadre institutionnel et législatif qui garantit cette liberté», s'inquiètent les associations.

Dans un communiqué commun, elles dénoncent «la persistance du gouvernement à prendre des décisions et des initiatives engageant l'avenir des médias, sans consultation des organisations professionnelles compétentes».

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