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Les Algériens célèbrent 50 ans d'indépendance entre fierté et frustration

04/07/2012 10:43 EDT | Actualisé 03/09/2012 05:12 EDT

ALGER, Algérie - Les Algériens célébreront jeudi le cinquantenaire de l'indépendance survenue officiellement le 5 juillet 1962, au terme d'une occupation coloniale française de 130 ans, conclue par sept années de guerre meurtrière (1954-1962) ayant fait «un million et demi de martyrs», selon la version algérienne.

En vue de la commémoration de cet événement majeur, les autorités algériennes ont opté pour une approche plutôt «légère» avec un programme de festivités à l'échelle de tout le territoire, mais sans défilé militaire dans la capitale ni autre action politique.

L'agenda du président algérien Abdelaziz Bouteflika pour la journée de jeudi se résume à un déplacement en matinée au carré des martyrs de la Révolution sur les hauteurs d'Alger. Il procédera ensuite à l'inauguration de deux universités à Alger.

Abdelaziz Bouteflika devrait également prononcer un discours à la nation télévisé mercredi soir. Un grand concert devait avoir lieu en sa présence dans la localité balnéaire de Sidi Fredj.

La décision des autorités algériennes de ne pas souligner l'événement avec faste est loin de faire l'unanimité chez les Algériens, plutôt favorables à une célébration grandiose.

«En tant que jeune, je constate que l'État a donné peu d'importance à cette date. Si on compare avec ce qui est en train de se passer en France avec des conférences, des débats, des livres, on dirait que c'est la France qui célèbre son indépendance», a déploré Rachid Farsioui, président de l'association Rassemblement algérien de la jeunesse (RAJ).

«En Algérie, la célébration se limite à des activités folkloriques banales, comme s'il y avait une volonté de la vider de son sens politique et symbolique», a-t-il ajouté. «Malheureusement, la jeunesse algérienne ignore son histoire. Si on veut bâtir un pays fort, il faut que les jeunes connaissent l'histoire de leur pays avec ses hauts et ses bas, ses ombres et ses lumières.»

Cette polémique sur la façon de souligner l'anniversaire du 5 juillet traduit l'esprit mitigé des Algériens, partagés entre l'orgueil d'une indépendance retrouvée après une longue période coloniale et la frustration face au non-accomplissement des espoirs portés par la révolution.

«On a eu l'indépendance, mais pas la liberté, on n'a pas réussi à construire un État de droit, un État où les libertés citoyennes sont respectées. De ce point de vue, je dirais que le pouvoir, qui est le même depuis 1962, a confisqué cette indépendance», estime l'universitaire Mohamed Saidji.

Rachid Farsioui déplore la marginalisation de la jeunesse en Algérie. «Le pays est aux mains d'une gérontocratie, la jeunesse est exclue des leviers de décision, alors qu'elle présente les deux tiers de la population. Cette jeunesse a perdu ses repères», déplore le président du RAJ.

Le docteur Mohamed El Korso, professeur d'histoire, préfère retenir «les nombreux acquis» de la société algérienne, qui a «connu un développement économique et social indéniable tout au long de ces 50 ans d'indépendance».

«Il serait pour le moins malhonnête de dire que le bilan est négatif, en 50 ans. L'Algérie a construit des écoles, des universités, des hôpitaux, des usines, des autoroutes, des barrages, des millions de logements, le métro à Alger, des lignes de tramway, le niveau de vie des Algériens est le plus élevé comparé à nos voisins», énumère-t-il dans une entrevue au journal «Liberté». Il reconnaît cependant que «tout n'est pas parfait, que 50 ans dans la vie d'une nation qui avait décidé de reprendre son destin en main, c'est une goutte d'eau dans un océan».

Le docteur Mohand Berkouk, directeur du Centre de recherche de stratégie et de sécurité (CRSS), préfère regarder vers l'avenir.

«Je milite pour une Algérie où la compétence et l'excellence seront les deux critères de promotion politique et sociale, une Algérie de démocratie sociale où la citoyenneté sera la source des lois, le citoyen l'acteur de la légitimation politique, le citoyen doit constituer la finalité de toutes les politiques publiques. Je milite pour une Algérie du développement co-solidaire, de justice distributive pour mettre fin au népotisme, au sectarisme et au régionalisme», a-t-il dit.

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