TORONTO - L'enlèvement de quatre travailleurs humanitaires au Kenya a commencé dans la terreur lorsque des hommes armés ont surgi près du groupe dans le cadre d'une opération bien planifiée qui était davantage motivée par l'argent que par une quelconque idéologie, a révélé l'une des otages mercredi.

Accordant l'un de ses premiers interviews depuis sa mésaventure, Qurat-Ul-Ain Sadazai, de Gatineau, a raconté que ses collègues et elle-même avaient rapidement réalisé que leurs assaillants voulaient les kidnapper.

«Ils sont arrivés avec des armes. Ils ont commencé à rassembler les gens, ont poussé quelqu'un dans notre voiture et sont eux-mêmes entrés dans le véhicule», a expliqué Mme Sadazai en entrevue avec La Presse Canadienne depuis Nairobi.

«Ç'a été cinq minutes d'état de choc.»

La femme de 38 ans a été kidnappée à la pointe du fusil avec Steve Dennis, un Torontois de 37 ans, et deux autres travailleurs humanitaires vendredi à Dadaab, un immense camp de réfugiés situé près de la frontière du Kenya avec la Somalie.

Le chauffeur du groupe a été abattu et jeté au bas de l'automobile, mais Qurat-Ul-Ain Sadazai l'a seulement découvert plus tard.

Une fois la première peur passée, Mme Sadazai a affirmé qu'elle avait été capable de comprendre ce qui se passait et, puisque les enlèvements se produisent toujours pour une raison, n'a plus craint pour sa vie.

«On est OK, on est en vie et maintenant on peut prendre les choses à partir de là», a-t-elle dit avoir pensé sur le moment.

Leurs ravisseurs les ont conduits plus loin, les ont fait descendre de la voiture et marcher de nuit sur une distance d'environ 70 à 80 km en Somalie.

Qurat-Ul-Ain Sadazai a souligné que sa formation en situation de crise l'avait aidée à passer au travers des trois jours qui ont suivi le kidnapping, au terme desquels l'un de leurs attaquants a péri.

«Mentalement, on est en quelque sorte préparé», a-t-elle indiqué. «En tant que travailleur humanitaire, on sait qu'il y a toujours un risque et on est dans une région où le risque est élevé. C'est quelque chose qui peut arriver et il faut vivre avec ça.»

Elle a cru qu'il faudrait des semaines ou des mois avant que ses collègues et elle-même ne soient secourus. Après tout, deux travailleurs humanitaires espagnols enlevés il y a huit mois sont toujours entre les mains de leurs kidnappeurs.

Les ravisseurs n'ont pas informé leurs otages de leur plan alors qu'ils leur faisaient traverser la frontière somalienne tard dimanche soir, mais Mme Sadazai a déclaré que l'argent était probablement leur motivation.

«On n'était pas certains de saisir leurs objectifs», a-t-elle admis. «Mais ils avaient très peu à voir avec une idéologie, le fondamentalisme ou l'islam.»

Les assaillants, qui cachaient les quatre étrangers durant le jour, ont bien traité leurs captifs, les nourrissant de sachets de compléments alimentaires que les organismes humanitaires donnent aux enfants et s'assurant qu'ils avaient suffisamment d'eau.

Les otages n'avaient aucune idée de leur destination, mais la police kenyane les a suivis jusqu'à un endroit situé à environ 40 km de la frontière en Somalie, en partie aidée par les larges empreintes de Steve Dennis.

L'opération de sauvetage, survenue tôt lundi matin alors que le groupe se reposait après une autre nuit de marche, a été aussi soudaine que l'enlèvement. Des coups de feu ont retenti.

«On ne savait pas ce qui se passait. On s'est baissés et couchés sur le sol», s'est rappelée Qurat-Ul-Ain Sadazai. «Les soldats ont dit: 'Nous sommes les autorités kenyanes et nous sommes ici pour vous secourir.'»

Les kidnappeurs ont pris la fuite, mais l'un d'eux a été abattu. Les quatre travailleurs humanitaires ont été placés dans un véhicule et ramenés au Kenya.

Mme Sadazai, qui est mariée, a confié qu'elle prévoyait prendre 10 jours de vacances pour aller voir ses parents au Pakistan avant de reprendre son travail pour le Norwegian Refugee Council au camp Dadaab, qui abritent quelque 460 000 réfugiés.

«Ça n'a changé aucun de mes plans», a-t-elle soutenu au sujet du kidnapping. «Je suis toujours aussi engagée.»

Outre les deux Canadiens, les deux autres otages étaient la Norvégienne Astrid Sehl, âgée de 33 ans, et le Philippin Glenn Costes, âgé de 40 ans, qui a été blessé par balle durant l'enlèvement.

M. Dennis a aussi reçu un projectile qui a frappé son portefeuille dans sa poche et lui a laissé une ecchymose.