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Twitter rechigne à transmettre des données privées à la justice: et les autres réseaux sociaux ?

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Un juge new-yorkais a demandé des données personnelles d'un utilisateur de Twitter | AFP

INTERNET - Le réseau social Twitter a engagé un bras de fer avec la justice américaine. Lundi 2 juillet, un juge new-yorkais a ordonné au site de lui transmettre les données personnelles de l'un de ses utilisateurs impliqué dans des manifestations du mouvement protestataire anti-finance "Occupy Wall Street". L'air de rien, cette affaire pourrait bien faire jurisprudence sur le sujet de la liberté d'expression en ligne.

Le juge de la cour pénale de Manhattan, Matthew Sciarrino, a décidé que la loi lui permettait d'avoir accès aux tweets et autres données de Malcolm Harris, poursuivi pour des débordements dans le cadre d'une manifestation sur le Pont de Brooklyn, à New York l'an dernier.

Le juge a estimé que les messages n'étaient pas des informations privées et n'étaient donc pas soumis à la garantie constitutionnelle qui protège la vie privée. "Si on poste un tweet, c'est comme si on crie à la fenêtre, l'objectif n'est pas de garder cela privé", a-t-il dit dans une décision de 11 pages. Pour autant, si les tweets ne sont pas privés, les informations personnelles détenues par Twitter (comme l'adresse email) le sont.

Le site a indiqué réfléchir aux actions qu'il allait éventuellement entreprendre dans les jours à venir. "Les règles de fonctionnement de Twitter stipulent que les utilisateurs sont propriétaires des contenus qu'ils émettent. Nous défendons fermement nos utilisateurs et leurs droits", a assuré la société de San Francisco.

Twitter contre-attaque

Twitter ne compte pas se laisser faire. Le jour même, le site publie, sur son blog, un "rapport de transparence" répertoriant toutes les requêtes provenant de gouvernements ou de juges pour les six premiers mois de 2012. Et d'enfoncer le clou : "Nous avons reçu plus de demandes de gouvernements dans la première moitié de 2012 (...) que sur l'ensemble de l'année 2011".

La majorité (679) des 849 requêtes provenait des Etats-Unis et, dans 75% des cas, tout ou partie de l'information a été fournie, selon un rapport de l'entreprise, dont la majorité des abonnés résident outre-Altantique. Le deuxième pays en nombre de requêtes est le Japon (98), suivi de la Grande-Bretagne et du Canada (11 chacun). On apprend aussi que la France, la Grèce, le Pakistan, la Turquie et le Royaume-Uni ont demandé la suppression de compte, mais qu'aucune requête n'a abouti.

Le rapport de transparence, une initiative de Google

Twitter n'est pas le premier des grands noms du Web à réaliser ce genre de rapport. D'ailleurs, le réseau social le précise sur sa note de blog et explique s'être inspiré du "bon travail réalisé par nos pairs Google". Depuis deux ans, la société publie tous les six mois un rapport listant les demandes des gouvernements. Renseignement sur les utilisateurs, demande de suppression de contenu, pourcentage de demandes satisfaites, utilisateurs spécifiés, tout est transparent. Le moteur de recherche est bien entendu le principal vecteur, mais les autres services de Google, comme Gmail, sont aussi concernés.

Google propose aussi une carte interactive permettant de mieux visualiser les différentes demandes de suppression ou de données et un service permettant de voir en temps réel dans quels pays Google n'est pas accessible.

Facebook, Apple... et les autres ?

Les géants du Web font donc tout pour être transparents sur leurs liens avec les gouvernements? En fait, Twitter et Google font office de bons élèves. Facebook, par exemple, ne propose pas ce genre d'informations. Mais des progrès ont été notés par l'Electronic Frontier Foundation. En 2012, Facebook a publié pour la première fois les procédures suivies par le réseau social concernant les "informations pour les autorités judiciaires et de police". Ce document précise dans quelles conditions Facebook répondrait favorablement à une demande de divulgation de données privées.

Dropbox, le service de stockage en ligne, et le réseau social professionnel LinkedIn ont eux aussi publié pour la première fois ce genre d'informations en 2012.

Pour se faire une idée générale de la défense (ou non) de nos données personnelles par les entreprises qui les détiennent, l'Electronic Frontier Foundation a publié un tableau résumant l'implication de ces sites par rapport à notre vie privée: transparence sur l'utilisation des données, sur les demandes du gouvernement, mais aussi implication pour défendre la vie privée face au gouvernement. Cliquez ici pour voir le tableau en plus grand (le tableau 2011 est disponible ici).

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