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La Syrie, «archipel de la torture» selon Human Rights Watch

03/07/2012 10:52 EDT | Actualisé 02/09/2012 05:12 EDT
File/Getty Images

Des dizaines de milliers de personnes sont détenues en Syrie dans un ensemble d'installations carcérales où elles sont frappées, soumises à des chocs électriques et autres mauvais traitements, a dénoncé mardi Human Rights Watch (HRW), qui parle d'«archipel de la torture».

Cette ONG dont le siège est à New York a affirmé avoir eu plus de 200 entretiens avec d'ex-prisonniers ainsi que des militaires et des membres de la sécurité d'Etat ayant fait défection grâce auxquels elle a appris qu'il existait 27 de ces centres de détention gérés par quatre des principales agences de renseignement syriennes connues sous le nom de "moukhabarat".

Et ce en plus de bases militaires, stades, écoles et hôpitaux utilisés aux mêmes fins.

"Pratiquement toutes" ces personnes interrogées par HRW ont dit avoir subi ou été témoins de tortures. Elles ont en particulier fait état de détenus ayant été "longuement battus, souvent à l'aide d'objets comme des matraques et des fils de fer", depuis le début du mouvement de contestation du régime, il y a quinze mois.

Des prisonniers sont maintenus "dans des positions de stress douloureuses sur de longues périodes, souvent à l'aide d'équipements spécialement conçus à cet effet", poursuit cette ONG militant pour la défense des droits de l'homme qui dénonce également "le recours à l'électricité", "les brûlures à l'acide des batteries de voitures", "les agressions et humiliations sexuelles", "l'arrachage des ongles" et "les simulacres d'exécutions"

Les ex-détenus rencontrés par HRW ont en outre évoqué des centres de détention surpeuplés, une mauvaise alimentation et le refus systématique d'aide médicale. Plusieurs ont raconté avoir vu des personnes mourir sous la torture.

Un homme de 31 ans, qui a été retenu prisonnier dans la province septentrionale d'Idleb, a raconté avoir eu, au cours d'interrogatoires, les doigts écrasés par des pinces, tandis que des agraphes lui étaient plantées dans les doigts, les oreilles et sur le torse.

"Je n'avais le droit de les retirer que si je parlais. Ce qui m'a fait le plus mal, c'était les clous dans les oreilles. Ils ont eu recours à deux fils de fer reliés à une batterie de voiture pour m'infliger des chocs électriques. Ils ont par deux fois utilisé des armes électriques de défense sur mes parties génitales", a-t-il dit.

"Je pensais que je ne reverrais jamais plus ma famille. Ils m'ont ainsi torturé trois fois en trois jours".

Un ancien officier, lui aussi cité par HRW, a, pour sa part, décrit les méthodes de torture en vigueur, des pendaisons au plafond par les mains à l'enfermement vivant dans un cercueil, en passant par les menaces de mort.

"Je les ai également vu recourir à des mouvements d'arts martiaux, comme celui consistant à casser des côtes d'un coup de genou. Ils vous mettent des aiguilles sous les pieds et vous frappent pour que vous marchiez avec".

Plus de 16.500 personnes ont perdu la vie dans les violences en Syrie depuis le déclenchement de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad à la mi-mars 2011, selon un dernier bilan de l'Observatoire syrien des droits de l'homme, dont le siège est à Londres.

Il est impossible d'obtenir un bilan de source indépendante depuis que l'ONU a cessé de comptabiliser fin 2011 les victimes de ce conflit.