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Soins de santé aux demandeurs d'asile: les changements créent la confusion

03/07/2012 04:00 EDT | Actualisé 02/09/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Les changements apportés par Ottawa au programme de soins de santé aux demandeurs d'asile créent une énorme confusion qui risque de mettre leur santé en péril, dénoncent les professionnels qui s'occupent d'eux.

Car avec ce fouillis d'avis contradictoires du gouvernement, des réfugiés malades n'iront pas chercher les soins dont ils ont besoin, avertissent-ils.

C'est d'ailleurs ce qui s'est produit en fin de semaine, à Ottawa. Une docteure rapporte que sa patiente enceinte qui pensait avoir crevé ses eaux ne s'est pas présentée à sa clinique, croyant ne plus avoir droit aux services.

Le gouvernement fédéral a procédé, fin avril, à abolir les soins de santé complémentaires pour les demandeurs de statut de réfugié.

Finis les services de santé de base et les médicaments gratuits pour bon nombre d'entre eux. Car pour plusieurs catégories de demandeurs d'asile, seulement les soins jugés urgents ou indispensables seront couverts. Finis aussi les soins dentaires et de la vue, ainsi que les chaises roulantes et autres prothèses.

Ces changements devaient entrer en vigueur samedi dernier. Mais un groupe de médecins — Les docteurs canadiens pour les soins aux réfugiés — qui suit de près le dossier, a remarqué que le site d'Immigration Canada a été modifié tard vendredi.

Selon la nouvelle version mise en ligne, deux catégories de demandeurs d'asile, soit ceux parrainés par le privé et ceux pris en charge par le gouvernement, évitent les compressions et voient leur couverture médicale étendue préservée.

«J'étais sur le site vendredi soir et samedi matin, c'était complètement différent», a relevé Megan Williams, une docteure qui dispense des soins à des réfugiés au Centre de santé communautaire Somerset Ouest à Ottawa.

«C'est très dur pour nous de savoir ce qui se passe», dit-elle. C'est sa patiente enceinte qui n'est pas venue la consulter le week-end dernier. Elle était heureuse mardi de pouvoir lui dire qu'elle pouvait la soigner, une réponse différente de celle qu'elle lui aurait donnée samedi.

«Une chose est dite publiquement par le ministre, et une autre est dite dans les politiques», déplore-t-elle.

Les médecins se réjouissent de ce développement, mais déplorent la confusion qui en résulte. Ayant de la difficulté à s'y retrouver parmi les changements et les règlements complexes, ils n'osent imaginer comment les demandeurs d'asile se débrouillent, dans une langue qui ne leur est pas toujours familière.

«Ça créé une grande confusion», a constaté Rob Shropshire, le directeur par interim du Conseil canadien pour les réfugiés. Dans la communauté de ceux qui oeuvrent auprès des réfugiés, «il y a beaucoup de messages qui circulent pour essayer de comprendre quels sont les changements».

«Il y a un risque que les gens ne se présentent pas pour recevoir les soins», craint-il aussi. Un risque qui existe aussi pour les soins essentiels — toujours couverts— vu le chaos qui règne.

Ce changement de dernière heure est-il un recul du gouvernement sous la pression exercée depuis deux mois sur ce sujet chaud?

Au ministère de l'Immigration, on affirme que non, car les modifications envisagées ne devaient pas s'appliquer à ces deux groupes de demandeurs de statut.

L'intention du gouvernement était de s'assurer que ceux qui arrivent au Canada en tant que demandeurs d'asile n'aient pas une meilleure couverture médicale gratuite que les citoyens canadiens.

«Notre intention n'a jamais été que cette politique affecte les réfugiés pris en charge par le gouvernement qui vivaient dans des camps de réfugiés des Nations Unies, qui arrivent au Canada comme des résidents permanents mais qui ne peuvent initialement bénéficier de l'assurance-maladie provinciale», a indiqué dans un courriel Alexis Pavlich, le porte-parole du ministre de l'Immigration Jason Kenney.

C'est pourquoi le site d'Immigration Canada aurait été modifié.

«Le critère original n'était pas clair sur notre intention et c'est pourquoi le libellé de la politique a été modifié».

Pourtant, des réfugiés de ces catégories ont reçu des lettres expliquant que leurs bénéfices médicaux étaient réduits, rapporte M. Shropshire. «C'était très clair dans le tableau qui était affiché par le gouvernement sur son site».

Il ne s'explique pas le revirement de situation, mais il espère que la pression mise par de nombreux groupes, dont plusieurs associations de médecins et de professionnels de la santé un peu partout au pays, ait porté fruit.

Ils vont d'ailleurs continuer à tenter de convaincre le gouvernement de revenir sur sa décision d'effectuer des compressions dans le programme pour que les soins soient donnés à tous les réfugiés, quel que soit leur statut ou leur pays d'origine.

Ils croient que cette population vulnérable, qui arrive au pays souvent sans le sou, n'a pas les moyens de se payer des soins et des médicaments. Pour M. Shropshire, il est impensable qu'un demandeur d'asile qui subit une crise cardiaque ou une femme enceinte ne soit pas traité s'ils ne peuvent pas payer.

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