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Pour les intégristes, les mausolées maliens incarnent un islam impur

03/07/2012 11:33 EDT | Actualisé 02/09/2012 05:12 EDT

En détruisant les mausolées de Tombouctou, les combattants d'Ansar Dine sont guidés par une idéologie fondamentaliste rejetant les visites aux saints, pourtant très répandues, car elles sont contraires selon eux à l'unicité d'Allah, précepte fondateur de l'islam, selon des spécialistes.

Ces mausolées en terre, dont sept ont été détruits ce week-end par les islamistes qui contrôlent le nord du Mali, sont d'importants lieux de recueillement et de demande d'intercession pour les musulmans de la région, classés au patrimoine mondial par l'Unesco.

"Pour les intégristes, c'est de l'idolâtrie car c'est une rémanescence païenne", explique Abdelwahab Meddeb, universitaire franco-tunisien, auteur de "La maladie de l'islam", en soulignant que "ces rémanescences existent dans toutes les religions".

A leurs yeux, "la tombe est un problème dans la mesure où les gens la visitent, peuvent se prosterner devant, alors qu'ils considèrent qu'il n'y a qu'une seule divinité, c'est Dieu, et que toute autre démarche de vénération est une sorte d'hérésie, une façon de se détourner du Dieu unique", ajoute l'anthropologue Jean-Claude Penrad, de l'Ecole des hautes études en sciences sociales.

Mais la pratique de la visite au mausolée d'un saint, dont la généalogie remonte souvent à l'entourage du Prophète, est "très répandue" dans le monde musulman, de l'Indonésie à l'Afrique en passant par l'Asie centrale, et importante dans les pratiques des chiites, rappelle-t-il.

Le saint ou marabout "est censé être enseveli à cet endroit-là, c'est donc une sorte de porte vers l'au-delà, un lieu d'intercession où on peut poser des questions, où la personne en situation d'angoisse, de peine ou de malheur va demander une intervention divine", explique-t-il.

"C'est une façon de faire passer un message à Dieu, nullement un culte de la divinité", insiste l'anthropologue, en reconnaissant toutefois qu'"il y a beaucoup de superstitions" dans ces pratiques populaires.

La plupart des grandes religions monothéistes ont connu des épisodes de destruction des idoles, mythologiques ou réelles.

"On peut faire le parallèle avec les protestants calvinistes au XVIème siècle, qui ont passé les églises (catholiques) à la chaux, en ont pillé des centaines, détruisant les statues et le mobilier, et pas qu'en France", selon l'historien Odon Vallet.

"Le postulat est toujours le même: si vous faites des saints à côté de Dieu, ils diminuent la sainteté de Dieu", avance-t-il.

Les islamistes, qui se croient "seuls détenteurs de la vérité", "nient aux autres la capacité d'interpréter eux aussi les textes, la religion (...) C'est du totalitarisme", dénonce M. Penrad.

Selon M. Meddeb, ces destructions illustrent l'influence grandissante des wahhabites, dont l'idéologie propagée par l'Arabie saoudite "gagne des adeptes de manière sérieuse à l'échelle internationale".

Au Moyen-Age, "le théologien Ibn Taymiyya (1263-1328) a ordonné par des fatwas très violentes la destruction de tombes de saints, contre les philosophes et soufis, c'est-à-dire contre tout ce qui attentait selon lui à la pureté de l'islam", rappelle-t-il.

"A l'époque, il a eu de gros problèmes", mais depuis, les partisans de Mohammed ibn Abd el-Wahhab, fondateur du wahhabisme, "ont mis en pratique toutes ses théories".

"Au XVIIIe siècle, Abd el-Wahhab a d'ailleurs lui-même détruit l'intégralité des tombes de saints qui avaient été compagnons du Prophète en Arabie saoudite, il ont même failli détruire la tombe du Prophète à Médine mais la population s'est interposée", selon M. Meddeb.

Leur "objectif ce n'est pas Dieu, c'est la politique, contrôler les gens au maximum" en faisant "table rase du passé" pour instaurer "une vision planétaire de l'islam", pointe M. Penrad.

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