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La Jordanie commence à courtiser ses propres islamistes

03/07/2012 05:04 EDT | Actualisé 01/09/2012 05:12 EDT

Face à la montée en puissance des Frères musulmans dans la région, et en particulier en Egypte, la Jordanie commence à courtiser ses islamistes, principale force d'opposition dans le pays, soulignent des experts.

La semaine dernière, le roi Abdallah II a ordonné au Parlement d'amender une loi électorale controversée qui avait poussé l'opposition essentiellement islamiste à menacer de boycotter les élections législatives prévues à la fin de l'année.

Dimanche, le roi a reçu le chef du mouvement islamiste palestinien Hamas, Khaled Mechaal, pour sa deuxième visite officielle cette année après son expulsion d'Amman en 1999.

"Il est évident que le tournant dans la position officielle de la Jordanie vis-à-vis des islamistes a été la victoire de (Mohamed) Morsi", le candidat des Frères musulmans à la présidentielle égyptienne, explique à l'AFP Oreib Rintaoui, directeur du Centre d'études politiques Al-Quds à Amman.

"Les décisionnaires ont compris que la région est maintenant dans +l'ère de la confrérie+", ajoute-t-il.

Dans la foulée des révoltes populaires du Printemps arabe, les partis islamistes modérés ont remporté des victoires électorales en Tunisie, en Egypte et au Maroc. "La Jordanie essaie de s'adapter", insiste M. Rintaoui.

Pendant des décennies, la Jordanie n'a reconnu la confrérie que comme organisation caritative. Désormais, les Frères et leur bras politique, le Front d'action islamique (FAI) créé en 1992, sont tolérés.

S'appuyant sur une vaste assise populaire, ils représentent la force d'opposition politique la plus active et organisent depuis janvier 2011 des manifestations presque chaque vendredi.

Les principales revendications portent sur des réformes économiques, la lutte contre la corruption, mais aussi l'instauration d'une véritable monarchie parlementaire, où le Premier ministre serait issu de la majorité et non plus nommé par le roi.

"Nos revendications sont limitées, claires et légitimes. Elles n'ont pas de dimension régionale. Nous voulons seulement des réformes en droite ligne avec les intérêts nationaux de la Jordanie. Rien de plus", assure Zaki Bani Rsheid, un responsable des Frères.

"Nos portes et nos coeurs sont ouverts à tous, y compris aux Frères musulmans et à leur parti", a déclaré dimanche le roi à la télévision publique. "Nous appelons tous les groupes à participer au processus de réformes et à prendre part aux élections législatives".

Le FAI et d'autres partis d'oppossition avaient menacé de boycotter le scrutin, dans la mesure où ils ne pouvaient concourir que pour 17 des 40 sièges, le reste étant réservé à des candidats non affiliés. Mais le roi a demandé au Parlement de modifier la loi pour augmenter les sièges concernés.

Les relations entre le Hamas et les autorités d'Amman sont tendues depuis la la Jordanie a expulsé en 1999 M. Mechaal et trois autres responsables en accusant le mouvement de menacer la sécurité et la stabilité du royaume.

"Le régime a toujours peur des islamistes. Pour l'instant, aucun des deux camps n'a confiance en l'autre", mais la Jordanie a compris que les victoires islamistes en Egypte et ailleurs allaient pousser les Frères musulmans locaux à réclamer plus, estime Hassan Abou Hanieh, un expert des mouvements islamistes.

"Si les islamistes boycottent les élections, le processus politique va échouer, et la Jordanie pourrait entrer dans un tunnel politique sombre. Alors l'idée est de les conquérir", ajoute-t-il.

Pour l'expert politique Labib Kamhawi, cette nouvelle attitude est "une erreur, et Amman va la payer plus tard".

"Je sais que la pression est de plus en plus forte sur la Jordanie après les élections en Egypte, mais la vie politique du royaume ne doit pas se transformer en réactions aux développements régionaux", estime-t-il.

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