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En Syrie, les défections entament le moral de l'armée sans l'ébranler

03/07/2012 05:35 EDT | Actualisé 02/09/2012 05:12 EDT

Si les défections se multiplient au sein de l'armée syrienne, la colonne vertébrale du régime reste solide jusqu'à présent grâce à des officiers loyaux par conviction ou par crainte d'être victimes d'une purge si le pouvoir s'effondre.

Parmi les désertions les plus spectaculaires celle le 22 juin d'un pilote à bord de son MiG vers la Jordanie et celle lundi de 85 militaires en Turquie. De quoi stimuler des rebelles de mieux en mieux organisés qui, selon les militants, infligent de lourdes pertes aux troupes régulières.

"Ces dissidences touchent le moral de l'armée", estime Riad Kahwaji, directeur de l'Institut d'analyse militaire pour le Proche-Orient et le Golfe (Inegma).

Toutefois, "les désertions n'ont pas encore atteint une échelle importante pour qu'elles aient un impact", affirme à l'AFP Aram Nerguizian, du Center for Strategic and International Studies (CSIS), basé à Washington.

L'ampleur des défections au sein de cette armée, l'une des plus importantes du monde arabe, reste difficile à quantifier, en dépit des multiples vidéos et communiqués faisant état de dissidences. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) des "dizaines de milliers" de soldats ont pris la fuite depuis mars 2011, sans pour autant se rallier tous à la rébellion.

"Après un an de combats à travers le pays, l'armée maintient un certain degré de cohésion et la majorité n'a pas encore déserté", indique à l'AFP Paul Smyth, fondateur de R3IConsulting, une société de conseil en matière de défense.

L'institut de recherche International Institute for Strategic Studies (IISS) estimait à 325.000 hommes le nombre de troupes en 2010, un an avant la révolte, auxquels s'ajoutent quelque 300.000 réservistes selon les experts.

"Les militaires qui ne désertent pas sont-ils résolument loyaux au régime ou ont-ils peur des représailles contre leurs familles en cas de dissidence? Les deux choses sont probablement vraies", estime M. Smyth, un officier britannique à la retraite.

Dans leurs témoignages, les déserteurs se justifient souvent en affirmant qu'ils avaient désobéi aux ordres de tirer sur des civils.

Selon Kassem Saadeddine, porte-parole de l'Armée syrienne Libre (ASL) en Syrie, des soldats qui hésitent à faire défection par peur de représailles soutiennent les rebelles en armes, en renseignements et en logistique.

Mais dans les unités d'élite, soit environ 100.000 hommes, aucune fissure n'est apparente.

"En Syrie, il y a deux armés: l'armée proprement dite et l'armée qui défend le régime", soutient M. Kahwaji.

Il s'agit notamment de la redoutable 4e division du 1er corps d'armée, menée par le frère cadet du président Bachar al-Assad et qui, selon M. Kahwaji "est la mieux équipée et la mieux payée". Les forces spéciales, la Garde républicaine et une partie des 5e et 9e divisions, sont les autres "choyées du régime".

Or dans un pays à majorité sunnite dirigé par le clan Assad, issu de la minorité alaouite, la loyauté à sa communauté semble s'affirmer à mesure que le conflit prend une tournure confessionnelle.

"Toute unité de l'armée syrienne en charge de la sécurité est contrôlée directement ou indirectement par des officiers alaouites", affirme M. Nerguizian.

"Les défections ne sont pas insignifiantes, mais elles sont en majorité celles de soldats sunnites qui n'ont pas accès aux commandes" comme les alaouites, à qui on a "donné les meilleurs postes".

Même une grande partie des officiers sunnites hésitent à franchir le pas. "Beaucoup d'entre eux sont convaincus aujourd'hui que si Assad s'en va, le pays connaîtra des années d'instabilité. Ils préfèrent donc une sorte de continuité au chaos", estime M. Nerguizian.

Selon lui, ils ont aussi peur que les "vainqueurs" procèdent à une purge à l'irakienne lorsque le parti Baas, au pouvoir en Syrie et autrefois en Irak, a été dissout après la chute de Saddam Hussein. "Même s'ils soutiennent l'opposition, ces officiers craignent une éventuelle +débaassification+ dans l'après-Assad", estime l'expert.

Selon les experts, le statu quo risque de se prolonger notamment avec la réticence de l'Otan d'intervenir.

"Le régime ne peut décapiter l'opposition par la force et vice-versa. C'est une véritable guerre d'usure", souligne M. Nerguizian.

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