NOUVELLES

Après un printemps marqué par le scandale, la ministre Bev Oda démissionne

03/07/2012 01:07 EDT | Actualisé 02/09/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Après un printemps sous le signe de la controverse, Bev Oda tire un trait sur la vie politique en démissionnant de ses fonctions de ministre de la Coopération internationale et de députée.

Son départ vient relancer les spéculations sur le prochain remaniement ministériel à Ottawa en permettant aux députés conservateurs moins expérimentés d'espérer prendre du galon.

Dans un communiqué mis en ligne mardi, Bev Oda a indiqué avoir informé le premier ministre Stephen Harper de sa démission il y a deux semaines. Elle quittera officiellement ses fonctions le 31 juillet.

La ministre s'était retrouvée dans l'eau chaude ce printemps pour des dépenses extravagantes encourues l'an dernier à Londres lors d'une rencontre internationale portant sur la vaccination dans les pays en développement. Elle avait refusé de séjourner dans un hôtel cinq étoiles et lui avait préféré un autre hôtel encore plus prestigieux, le Savoy, ce qui avait occasionné d'importants frais.

Mais c'est un jus d'orange à 16 $ payé par les contribuables lors de la même occasion qui l'a rendue célèbre et a frappé l'imaginaire des Canadiens.

Une fois ses dépenses dévoilées par La Presse Canadienne, la ministre a remboursé la différence de coût entre les deux hôtels, les frais de limousines additionnels et le fameux jus d'orange. L'affaire a malgré tout entachée la réputation de la politicienne de 67 ans.

Dans le communiqué publié mardi, la députée sortante de Durham, en Ontario, n'a pas expliqué les raisons officielles de sa démission. Elle a cependant salué le «leadership» du premier ministre Stephen Harper et de son cabinet, et remercié son personnel ainsi que ses collègues de la Chambre des communes et du Sénat.

«En tant que ministre de la Coopération internationale, j'ai eu l'occasion d'être témoin des épreuves auxquelles sont confrontés les gens les plus vulnérables et constaté la compassion des Canadiens pour ceux dans le besoin», a-t-elle déclaré dans son bref communiqué.

Stephen Harper est lui aussi resté muet sur les raisons formelles du départ de Mme Oda, mais il l'a remerciée pour «son travail acharné et son dévouement».

«Depuis son élection au Parlement en 2004, Bev a contribué de façon importante à sa circonscription, sa province et son pays», a-t-il noté dans un communiqué. Il a poursuivi en vantant son travail en faveur de la santé maternelle et infantile, ainsi que son leadership pour doubler l'aide à l'Afrique.

«C'est un bilan dont elle peut être fière», a conclu le premier ministre.

Avant l'annonce du départ de Mme Oda, les rumeurs allaient bon train sur la colline parlementaire à Ottawa à l'effet que le chef conservateur s'apprêtait à remanier son cabinet cet été. Selon plusieurs analyses, Mme Oda allait être écartée du cabinet, notamment en raison de la controverse entourant ses dépenses somptueuses.

La démission de Mme Oda rend un remaniement ministériel inévitable, fort probablement dans les prochaines semaines.

Autres controverses

D'abord élue en 2004, Bev Oda a été ministre du Patrimoine en 2006, avant d'être en charge de la Coopération internationale en 2007.

L'épisode de l'hôtel Savoy, qui a provoqué un concert de critiques de la part des partis d'opposition, n'était pas son premier faux pas.

Au printemps 2011, elle avait dû s'excuser pour avoir induit en erreur la Chambre des communes en inscrivant le mot anglais «not» (non) sur une demande de financement pour l'organisme Kairos. Elle avait ainsi laissé entendre que la recommandation de mettre fin au financement à l'organisme humanitaire provenait des fonctionnaires de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) plutôt que de son propre bureau.

Les frais de limousines de Mme Oda ont par ailleurs régulièrement fait les manchettes ces dernières années.

C'est l'accumulation de ces controverses qui a permis à l'opposition officielle de conclure que le départ de la ministre était inévitable.

«Elle était devenue un boulet beaucoup trop lourd à porter pour le gouvernement de M. Harper. Je pense que la succession de scandales qui entouraient le ministère de Mme Oda a fini par avoir raison de sa carrière politique», a fait valoir le député néo-démocrate Alexandre Boulerice.

Selon le député montréalais, le chef conservateur vient de s'enlever une épine dans le pied en acceptant sa démission.

«M. Harper était devenu incapable de défendre sa ministre, qui ne se levait même plus en Chambre pour répondre aux questions ou essayer de se défendre elle-même.»

Selon le ministre de l'Industrie, Christian Paradis, il faut plutôt s'attarder aux accomplissements de Mme Oda. «Moi, je lui souhaite bonne chance. Il y a du positif dans son dossier et c'est ça qui doit être souligné aujourd'hui», a-t-il lancé.

PLUS:pc