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Wendake: des centaines de personnes en attente d'un logement...depuis 14 ans

02/07/2012 03:36 EDT | Actualisé 01/09/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Pour déménager sur la réserve de Wendake, au nord de Québec, rien ne sert d'espérer le 1er juillet: mieux vaut s'inscrire sur la liste d'attente et être prêt à patienter... une dizaine d'années.

L'exode hors des réserves autochtones, le chef de la nation huronne-wendat Konrad Sioui ne le connaît pas. Depuis des années, sa nation tente plutôt de trouver un logis pour les quelque 600 personnes qui souhaitent intégrer la réserve de Wendake — et qui attendent 14 ans en moyenne.

Les membres d'autres communautés francophones — des Innus, Algonquins et Attikamekw, entre autres — ayant quitté leur réserve pour venir travailler ou étudier dans la région de Québec sont sur cette liste.

À leurs côtés, il y a des Hurons-wendat qui souhaitent réintégrer la communauté, notamment un nombre important d'Autochtones qui ont retrouvé leur statut d'Indien avec l'adoption de la loi C-3, qui reconnaît depuis 2007 que des femmes autochtones n'ont pas été traitées de manière égale quant à la transmission de leur statut.

Autrefois, les enfants et les futurs petits-enfants d'une femme autochtone qui mariait un Allochtone n'étaient pas en mesure d'obtenir le statut d'Indien; ils le peuvent désormais en vertu de jugements rendus en 1985 et en 2007. Ces descendants ont donc maintenant le droit d'habiter sur une réserve.

«Nous avons déjà obtenu 900 demandes de statut liées à l'adoption de la loi C-3», observe M. Sioui. «Du nombre, 500 sont réglées. Ça va monter à 1000 au total», prévoit-il, avant de préciser que la réserve de Wendake est enclavée, toute coincée qu'elle est entre les secteurs de Loretteville, Saint-Émile et Val-Bélair, entre autres.

Pour répondre à la demande, la communauté de Wendake a sorti les actes notariés, mais également la machinerie lourde.

En 1999, au terme du litige «des Quarante-Arpents» — l'actuel secteur de Val-Bélair, dont la vente a été longuement contestée par les Hurons-wendat —, le gouvernement fédéral a versé une compensation de 12 millions $ dans une fiducie afin de permettre à la réserve de Wendake d'agrandir son territoire. Avec cette somme, Wendake a choisi d'acheter près de 56 kilomètres carrés de terres afin d'y développer des secteurs commercial, industriel et résidentiel.

Le secteur Doyon, situé au nord-ouest de la réserve, sera également aménagé, promet M. Sioui. «On se donne un an pour construire les infrastructures pour environ 175 unités, qui seront à leur tour complétées dans cinq ans», prévoit-il.

La superficie totale de la réserve atteindrait alors deux kilomètres carrés, un espace encore trop petit pour en finir avec la liste d'attente. «On est en train de regarder plus au nord, dans le secteur de Lac-St-Charles», admet le grand chef de Wendake.

Le hic, c'est que la politique du ministère fédéral des Affaires indiennes exige que des terres soient contiguës à une réserve pour être annexées.

«Mais si on est capables de prouver qu'on ne peut plus avoir de terres adjacentes, il sera possible que le gouvernement fédéral ait à reconnaître d'autres espaces comme étant des terres de réserve.»

En 1876, l’Acte des Sauvages du Canada est devenu la Loi sur les Indiens. De nations et tribus dont il fallait assurer la protection, les Autochtones sont ainsi devenus des citoyens mineurs — peu importe leur âge — sous la tutelle du gouvernement fédéral. Entre autres, leur droit de vote a été suspendu jusqu'en 1969, et ces «Indiens» ont été assignés à des réserves qui, encore aujourd'hui, sont sous le contrôle du gouvernement fédéral.

Quand la communauté de Wendake a acheté des terres, elle a donc dû les faire «transférer» afin que le gouvernement fédéral les qualifie «terres de réserve». Les espaces où de nouveaux développements sont prévus à Wendake devraient être «transférés» d'ici le mois de septembre ou d'octobre, au dire de Konrad Sioui.

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