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Les nouvelles mines de lithium sont peu réglémentées en matière d'environnement

02/07/2012 02:19 EDT | Actualisé 01/09/2012 05:12 EDT

OTTAWA - La réglementation environnementale au Canada tire de l'arrière face à la ruée mondiale vers le lithium, un métal rare servant à la fabrication de piles rechargeables nécessaires à alimenter des millions de tablettes électroniques, de téléphones intelligents et d'ordinateurs portatifs.

C'est que révèle un rapport indépendant commandé par Environnement Canada à la firme Cheminfo Services Inc., au coût de 17 600 $, et dont La Presse Canadienne a obtenu copie en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

La récente poussée de l'exploration du lithium suscitée par l'explosion des appareils électroniques et les possibilités limitées de ravitaillement dans le monde ont entraîné l'émergence de quelques compagnies exploitant des sites canadiens. Toutefois, le Canada ne jouit pas d'une longue expérience en matière d'extraction du lithium, et les règles environnementales existantes ne sont pas adaptées à cette industrie en pleine expansion.

Le règlement sur les effluents des mines de métaux ne régit pas spécifiquement chacune des substances qui peuvent se retrouver dans la nature à partir de l'exploitation minière ou du traitement du lithium et de métaux du groupe des terres rares, souligne le rapport déposé en mars dernier. Ce rapport indique que les règles actuelles ne sont pas précisément conçues pour gérer l'aspect écologique de ces procédés miniers.

Le Canada ne compte qu'une seule mine de lithium en activité, la mine souterraine de Tanco Mine, à Bernic Lake, au Manitoba, qui produit du minerai de lithium connu sous le nom de spodumène (ou triphane). Mais la demande criante mondiale pour le lithium utilisé dans la fabrication de piles lithium-ion servant à faire fonctionner les petits appareils électroniques et certains véhicules ont attiré davantage de prospecteurs dans ce secteur.

Au Québec, l'entreprise Canada Lithium Corp. (TSX:CLQ) s'affaire à relancer une ancienne mine de lithium située à 60 kilomètres au nord de Val d'Or. La production devrait débuter plus tard cette année, avec un site d'affinage sur place de minerai de spodumène en carbonate de lithium au début de l'année 2013. Le gouvernement du Québec a émis en juin un permis pour l'exploitation d'une mine à ciel ouvert d'une valeur de 207 millions $, même si les études d'impacts environnementaux sont toujours en cours.

Trois autres compagnies projettent d'extraire du lithium en utilisant la méthode de fracturation par l'eau salée dans une région de l'Alberta située à environ 200 kilomètres à l'ouest d'Edmonton. Ces installations en sont à leurs premières étapes et aucune analyse environnementale n'a encore été menée, selon le rapport de Cheminfo.

L'été dernier, Environnement Canada avait commandé une mise à jour des zones de lithium et des terres rares en prévision de l'intérêt croissant pour ces minerais, de manière à assurer une réglementation adéquate dans ce secteur.

Les métaux du groupe des terres rares sont des produits exotiques tout comme le scandium et l'yttrium, qui sont également essentiels à l'industrie électronique, ce qui inclut la technologie utilisée pour la fabrication des moniteurs à écran plat.

L'étude indique que le thorium, un élément radioactif, est le sous-produit le plus inquiétant parmi les métaux des terres rares, et la façon de le traiter est encore peu connue au Canada.

La méthode d'extraction du lithium est par ailleurs assez avancée au Canada. L'exploitation minière en roche dure du lithium aurait un impact moins important sur l'environnement que celle produite par l'évaporation des eaux hypersalines, tel que proposé en Alberta.

Aucun de ces procédés n'est mentionné dans la réglementation canadienne sur les effluents des mines de métaux et, selon les consultants, la loi devrait être modifiée pour inclure le procédé de fracturation par l'eau salée. Des règlements provinciaux pourraient aussi s'appliquer.

Cheminfo indique aussi que la réglementation fédérale des mines s'appuie sur un article de la Loi sur les pêches qui interdit le dépôt de substances délétères dans les eaux fréquentées par les poissons.

Le rapport a été complété en mars, un mois avant que le gouvernement conservateur ne fasse disparaître de la Loi sur les pêches plusieurs articles touchant la protection des poissons, en adoptant le projet de loi «mammouth» C-38 sur la mise en vigueur du budget.

Un porte-parole d'Environnement Canada, Mark Johnson, a fait savoir par courriel que le ministère n'avait pas l'intention de revoir le règlement sur les effluents des mines, tout en faisant remarquer que le rapport de Cheminfo fait référence à l'extraction par la fracturation à l'eau salée, un procédé qui n'est pas pratiqué au Canada.

«L'extraction minière en roche dure du lithium, qui est le procédé le plus usuel, est similaire aux autres méthodes régies par le règlement sur les effluents des mines de métaux.»

Le rapport Cheminfo indique que le Canada disposerait de réserves d'environ 360 000 tonnes de lithium, alors que la Bolivie dispose de 5,4 millions de tonnes, le Chili 3 millions et la Chine 1,1 million.

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