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Les islamistes d'Ansar Dine continuent à détruire des mausolées de Tombouctou

02/07/2012 10:08 EDT | Actualisé 01/09/2012 05:12 EDT

BAMAKO, Mali - Malgré les condamnations internationales, les islamistes d'Ansar Dine continuaient lundi à détruire des mausolées de Tombouctou, ville du nord du Mali qui vient d'être inscrite sur la liste du patrimoine mondial en péril de l'UNESCO.

Ces destructions de mausolées de saints musulmans ont commencé samedi. Des membres d'Ansar Dine utilisaient des haches et des pelles, ainsi que des armes automatiques, pour démolir ces mausolées qui, selon eux, font l'objet d'idolâtrie de la part de fidèles.

«Ce matin, les islamistes ont continué à démolir les mausolées. C'est notre patrimoine, reconnu comme site du patrimoine mondial par l'UNESCO», a déploré Aboubacrine Cissé, un habitant de la ville qui a assisté à des destructions. «Ils continuent à détruire les tombes de tous les saints de Tombouctou, et notre ville compte 333 saints», a-t-il déclaré.

Dimanche au Sénégal, Fatou Bensouda, procureur de la Cour pénale internationale (CPI), a affirmé que la destruction du patrimoine de la ville constituait un «possible crime de guerre», selon la radio privée RFM.

À New York, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a demandé l'arrêt de ces destructions. «Le secrétaire général appelle toutes les parties à exercer leur responsabilité pour préserver le patrimoine culturel du Mali, a affirmé le porte-parole de Ban Ki-moon dans un communiqué. De telles attaques contre des sites du patrimoine culturel sont totalement injustifiées.»

Joint par téléphone, un porte-parole de la faction islamiste a affirmé qu'ils ne reconnaissaient ni les Nations unies, ni la CPI.

«Le seul tribunal que nous reconnaissons, c'est le tribunal divin de la charia (la loi islamique)», a souligné Oumar Ould Hamaha.

«La destruction est un ordre divin, a-t-il déclaré. C'est notre prophète qui a dit que chaque fois que quelqu'un construit quelque chose au-dessus d'une tombe, cela doit être remis par terre. Nous devons faire cela pour que les générations futures ne soient pas troublées, et commencent à vénérer les saints comme s'ils étaient Dieu.»

Parmi les tombes saccagées se trouve celle de Sidi Mahmoudou, un saint mort en l'an 955, selon le site Internet de l'UNESCO. En plus de détruire ce monument, les islamistes se sont attaqués à la mosquée Sidi Yayha, construite vers l'an 1400, arrachant une porte qui devait rester fermée jusqu'à la fin des temps, selon les légendes locales.

Kader Kalil, animateur d'une station radio locale, a affirmé que les membres d'Ansar Dine sont débarqués avec leurs pelles et leurs pioches et qu'ils ont retiré la porte, révélant un mur de pierres. Les membres d'Ansar Dine auraient expliqué qu'ils agissaient ainsi pour que les gens cessent de croire aux légendes locales et qu'ils se tournent vers les enseignements du Coran, a indiqué l'animateur radiophonique.

«Depuis mon enfance, je n'avais jamais vu cette porte du côté ouest de la mosquée ouverte. Et je suis né en 1947», a laissé tomber Kader Kalil, qui habite Tombouctou depuis des années.

«Ces religieux veulent (...) nous montrer que ce n'est pas vrai... Évidemment, la population n'est pas heureuse. Les femmes, surtout, pleurent beaucoup.»

D'après Shamil Jeppie, qui dirige le projet Manuscrits de Tombouctou à l'université sud-africaine du Cap, cette campagne de démolition s'apparente à celle qui a été menée contre les Bouddhas de Bâmiyân par les talibans d'Afghanistan en 2001.

«C'est une véritable perte pour les habitants de cette ville, de cette région et du continent, a dit M. Jeppie. Tombouctou était le centre des apprentissages islamiques, un endroit très significatif — il existe beaucoup de preuves de cela. Mais Ansar Dine l'ignore. Pour eux, il n'existe qu'un seul livre, et c'est le Coran.»

Pendant des années, avant qu'une ramification du groupe terroriste Al-Qaïda ne s'établisse dans le nord du Mali, la région était prisée par les touristes. Tombouctou, en particulier, était un passage obligé pour les groupes organisés et les voyageurs d'aventure. Le tourisme était une véritable manne pour la ville entière; nombreux étaient les jeunes hommes qui offraient leurs services à titre de guides dans les hôtels, qui sont maintenant presque tous fermés.

Oumar Ould Hamaha a ajouté qu'il ne se souciait pas de l'impact que leurs actions auront sur le tourisme. «Nous sommes contre le tourisme. Ils encouragent la débauche».

Les quelque 20 000 manuscrits de Tombouctou, dont certains datent du 12e siècle, représentent un héritage culturel possiblement encore plus précieux que les tombes, selon certains académiciens. Déjà, des propriétaires de librairies ont réussi à les sortir de la ville ou à les enterrer dans des endroits sûrs.

«On parle de générations et de générations de culture qui sont détruits. C'est un scandale pour le monde entier», s'est insurgé depuis New York Michael Covitt, président de la Fondation manuscrite malienne (Malian Manuscript Foundation).

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