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JO-2012 - L'héritage des JO: rénovation urbaine ou enclave "bobo" à l'est de Londres

02/07/2012 09:02 EDT | Actualisé 01/09/2012 05:12 EDT

Les JO et leur budget mammouth de 11,5 milliards d'euros ambitionnent de régénérer l'est londonien, mais il faudra quelques années pour savoir si le pari est gagné, certains critiques prédisant la naissance d'un îlot de prospérité au beau milieu de quartiers défavorisés.

"Les Jeux ont indéniablement accéléré la régénération du site, constitué de friches industrielles", selon Kathryn Firth, de la London Legacy Development Corporation, l'organisme chargé de "l'après-Jeux". "C'était un endroit sale sur le parcours de la rivière Lea, c'est devenu un refuge de biodiversité", juge-t-elle.

Manuel Appert, géographe français spécialiste de l'urbanisme londonien, évoque cependant "un programme de gentrification accéléré".

"On a greffé un nouveau morceau de ville plutôt que rechercher prioritairement l'amélioration des conditions de vie de la population", au risque de créer une enclave, dit-il. Comme à Canary Wharf, dans les docks rénovés de Londres, où "on passe des très très riches aux très très pauvres de l'autre côté de la route".

Le site, bien que très dégradé, n'était pas désert: un millier de personnes ont été relogées et 209 entreprises employant 5.000 personnes expropriées pour construire le parc olympique. Dont un fumeur de saumon qui a obtenu le déménagement de son usine à grand frais.

A la place, l'organisme chargé de "l'après-Jeux" promet des milliers de logements neufs, un immense espace vert, 3 km de sentiers le long de la rivière Lea, des écoles, crèches et activités.

Un centre d'affaires doit fournir les emplois dont l'arrondissement de Newham a bien besoin, avec seulement 56% de gens ayant un travail.

Farhat Monin, qui habite sur place, y croit: la jeune diplômée a décroché du travail sur le site olympique et rappelle que "les habitants de Newham ont une priorité à l'embauche". Elle se félicite de la transformation du quartier de Stratford, "mieux connu grâce aux JO".

Pour le visiteur, le paysage est futuriste: trains et métros débouchent sur une gare géante, avec accès souterrain direct au centre commercial de Westfield, le plus grand d'Europe.

Une passerelle enjambe le noeud ferroviaire pour accéder à l'"ancien" Stratford, où un centre commercial beaucoup plus modeste tente vaillamment de résister à la concurrence de Westfield.

Dans la grand rue, le magasin de meubles a fermé. Le gérant de la boutique de literie voisine, Stewart Mehmet, reconnaît que "Westfield nous prend des clients", mais il se veut optimiste: "Les gens vont revenir, nos prix sont plus raisonnables".

Atif Khan, gérant d'une boutique de téléphonie mobile, constate une baisse de "20 à 25% des ventes". Lui-même s'installerait bien dans les nouveaux logements construits à Stratford, "s'ils n'étaient pas si chers".

L'arrondissement de Newham manque cruellement de logements abordables. 36.000 ménages sont sur liste d'attente.

Du coup, la transformation du village d'athlètes en 2.818 logements, dont 1.379 "abordables", paraît une aubaine. Sauf qu'in fine, seulement 25% seront à caractère social, selon Manuel Appert.

Une moitié a été vendue au fonds souverain du Qatar, qui a tout intérêt à louer au prix du marché. L'autre moitié a été cédée à des associations qui, pour obtenir des prêts bancaires, ont dû réduire la part de logements sociaux.

Après les Jeux, c'est une véritable ville nouvelle qui doit sortir de terre, avec un complexe scolaire, des commerces, des squares.

"Il va y avoir quelque 11.000 logements, soit environ 40.000 personnes qui vont s'installer là, sur les 20 ans qui viennent", estime Richard Burdett, professeur d'urbanisme à la London School of Economics.

Pour lui, "le test, c'est de voir si on se sent à terme dans un quartier +normal+, comme le projet en a l'ambition".

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