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JO-2012 - Jean-Loup Chappelet: "Les JO sont dans la surenchère"

02/07/2012 06:55 EDT | Actualisé 01/09/2012 05:12 EDT

L'explosion du coût des JO est une fatalité liée à la surenchère entre villes organisatrices et les freins mis par le CIO relèvent plus de l'affichage que d'une réelle volonté de réduire la taille des Jeux selon Jean-Loup Chappelet, professeur de management public à l'université de lausanne (IDHEAP).

Q: Comment expliquez-vous cette inflation du prix des jeux Olympiques, sachant que Londres dépensera près de quatre fois le budget annoncé en 2005 et que le CIO se défend de pousser au gigantisme?

R: "Depuis quelques éditions, les municipalités se sont aperçues que les JO étaient une chance de rénover leurs villes. Ken Livingstone, alors maire de Londres, n'était pas du tout intéressé par les Jeux mais a compris que ce serait l'occasion de refaire l'Est de Londres. Pour Albertville (France, hôte des Jeux d'hiver 1992), c'était l'opportunité de se faire payer une autoroute, des hôpitaux, un TGV. C'est une manne qui tombe sur une ville, une occasion de réaliser en une demi-douzaine d'années des projets qui prendraient 30 ans en temps normal."

Q: C'est aussi un objet de prestige international?

R: "Oui, s'ils ne font pas les choses comme il faut, les pays sont stigmatisés. Il y a une surenchère par rapport à l'édition précédente avec cette appréciation donnée par le président du CIO lors de la cérémonie de clôture. Il faut toujours faire mieux. C'est le risque de Londres: Pékin a été parfait sur le plan de l'organisation. Londres voulait une cérémonie d'ouverture à l'économie mais a finalement doublé le budget du jour au lendemain. Les Jeux sont un +status symbol+ pour les pays émergents comme la Chine (JO-2008) et le Brésil (JO-2016). Pour la Chine, pour Sotchi aussi (NDLR: pour les Jeux d'hiver 2014 en Russie), ce n'est pas une question de prix."

Q: Le CIO a édicté 117 mesures pour lutter contre l'inflation des Jeux en 2003. C'était donc vain?

R: "Ces mesures ont peut-être généré quelques économies mais les fondamentaux n'ont pas changé. Vous limitez les athlètes à 10.500 mais vous ne limitez pas les accrédités. Leur boom est un bon indicateur. Il y en avait 196.000 à Sydney en 2000, 350.000 à Pékin huit ans plus tard. Ces personnes, il faut les loger, les transporter, les nourrir. Vous ne pouvez pas les refuser puisqu'elles paient. Les télévisions envoient de plus en plus de monde. Ca alourdit le système."

Q: Vous considérez également que le plafonnement du programme olympique à 28 sport est un leurre...

R: "Si vous voulez réduire les coûts, il faut taper dans les sports chers. Le canoë en eau vive est-il indispensable aux JO ? A Athènes, on a construit un site qui n'a été utilisé qu'une seule fois. Cela coûte 100.000 euros rien que pour le mettre en eau. Si le canoë en eau vive disparaissait des JO, ça ferait une économie importante! Le CIO a un double langage. Quand le cyclisme veut ajouter le BMX aux Jeux, il doit supprimer une épreuve sur piste. Or le vélodrome est toujours nécessaire aux autres épreuves sur piste mais on doit en plus construire une piste de BMX."

Q: Madrid a pourtant été retenue dans la campagne pour 2020 en proposant, crise oblige, des Jeux low-cost?

R: "C'est de l'habillage. Une décision politique, +JO-stratégique+. Madrid n'est pas n'importe quelle ville. Elle aurait gagné contre Londres pour 2012 (si elle avait été finaliste), et était en finale pour 2016. Elle a été poussée par le CIO à être candidate pour 2020. Dans le même ordre d'idées, la Suisse réfléchit à une candidature à taille humaine pour les JO d'hiver de 2022 avec Saint-Moritz et Davos. Mais ce n'est pas la tendance. Le CIO veut désormais aller là où il y a le moins de risques, ne veut plus des Jeux d'hiver à la montagne."

Q: On parle, notamment avec la Grèce, des JO qui ont été un désastre sur le plan économique. Quel est le contre-exemple? Quels sont les JO qui ont le plus bénéficié à une ville ou un pays? Barcelone?

R: "Oui, Barcelone est le bon exemple entre tous. Ils ont beaucoup dépensé en infrastructures, en installations, mais également en hôtels, ce qui a généré un boom du tourisme qui s'est auto-entretenu. C'est devenu une destination touristique majeure, ce qui n'est pas le cas pour Athènes où le tourisme a diminué avant et après les JO alors que toute la zone du front de mer a été restructurée et assainie. Les installations sont à l'abandon parce que la demande n'a pas suivi et parce que, surtout, il n'y a pas eu de réflexion sur le post-JO."

Propos recueillis par Françoise CHAPTAL

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