Forum de la langue française: "Nous devons être des indignés linguistiques!", affirme Abdou Diouf

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"Nous devons être des indignés linguistiques" mais sans lancer une "déclaration de guerre" aux autres langues, a plaidé lundi le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf à l'ouverture du premier forum mondial sur la langue française à Québec.

Plus de 1.000 conférenciers, artistes, jeunes et autres membres de la société civile se réunissent de lundi à vendredi dans la capitale québécoise pour dessiner un portrait précis de l'état de la langue française parlée par plus de 200 millions de personnes à travers le monde.

"Je pourrais vous dire que la langue française se porte bien, qu'elle est parlée et enseignée sur les cinq continents, que son nombre de locuteurs est en progression et qu'elle est promise à un brillant avenir, singulièrement en Afrique" qui représentera environ 80% des 700 millions de francophones vers 2050, a déclaré M. Diouf.

"Par-delà les chiffres rassurants que nous connaissons, il y a des faits, des pratiques quotidiennes, des évolutions géopolitiques et géoculturelles lourdes", a ajouté M. Diouf.

"Nous devons être des indignés linguistiques! Mais entendons-nous bien: nous ne sommes pas là pour lancer une déclaration de guerre, mettre les langues en concurrence ou en compétition", a souligné le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Les discussions au forum de Québec pourraient déboucher sur d'éventuelles recommandations pour le Sommet des chefs d'Etats francophones à Kinshasa (RDC), en octobre, afin de renforcer la coopération économique, la publication scientifique dans la langue de Molière et la mobilité entre citoyens des pays ayant le français en partage.

"Je le dis fermement: une langue ne peut survivre à l'enfermement, elle ne circule jamais mieux qu'avec ses locuteurs. On ne peut vouloir le rayonnement de la langue française et, dans le même temps, fermer ses frontières à ceux qui parlent français, qui étudient le français, qui créent en français", a lancé M. Diouf, devant les Premiers ministres canadien et québécois, Stephen Harper et Jean Charest, et le maire de Paris, Bertrand Delanoë.

Ce dernier a salué cet appel en faveur de la mobilité des étudiants à travers les pays francophones. "Si dans tous nos pays, on n'a pas envie d'accueillir les étudiants des autres pays francophones alors nous nous privons .... de faire vivre ensemble cet espace culturel, cet espace de valeurs" qu'est la Francophonie, a déclaré M. Delanoë.

"Il faut que le poète africain ait autant d'influence sur notre langue commune que le +slammeur+ du Québec...", a ajouté le maire de Paris, en référence au "slam", cet art oratoire alliant musique et poésie.

Le discours de M. Harper sur les vertus de la "cohabitation linguistique" entre francophones et anglophones au Canada a été interrompu par un protestataire qui a demandé aux citoyens de se rebeller contre lui et le Premier ministre québécois.

Une centaine de personnes ont aussi manifesté dans le centre-ville de Québec pour réclamer une meilleure protection de la langue française dans la province francophone de huit millions d'habitants, frontalière du géant américain.

"S'il ne faut pas dramatiser" sur l'état du français à travers le monde, il serait tout aussi "erroné" de prétendre que sa force d'attraction n'a pas fléchi, a déclaré M. Charest déplorant la place croissante de l'anglais dans les médias et la publicité en Europe et son recul dans des institutions internationales.

gl/lor

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