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Commerce des armes conventionnelles: début d'une négociation longue et difficile

02/07/2012 11:58 EDT | Actualisé 01/09/2012 05:12 EDT

Les pays membres de l'ONU se sont lancés lundi dans une négociation longue et difficile pour réglementer pour la première fois le commerce des armes conventionnelles, une tâche rendue d'autant plus urgente par les combats en Syrie ou les conflits régionaux en Afrique.

Ce traité international sur le commerce des armes classiques (TCA) doit empêcher les transferts d'armes qui pourraient être utilisées contre les populations civiles ou alimenter un conflit. Le contrôle incomberait aux Etats eux-mêmes, qui se fonderaient sur des critères précis et tiendraient un registre des transactions.

"Il y a aujourd'hui un sentiment d'urgence à propos du TCA", estime le ministre finlandais des Affaires étrangères Erkki Tuomioja. "Nous assistons dans de nombreuses régions du monde à des conflits où des armes légères qui ont initialement été transférées légalement tombent entre les mains de criminels, de groupes terroristes ou d'autres acteurs qui les utilisent aveuglément".

"Ces armes peuvent être considérées comme les vraies armes de destruction massive", ajoute-t-il. Il s'exprimait devant la presse après une rencontre entre plusieurs des principaux pays promoteurs du traité (Finlande, Australie, Royaume Uni, Japon, Costa Rica, Kenya, Argentine).

"Chaque jour 2.000 personnes meurent à cause d'armes légères ou de faible calibre transférées illégalement", a souligné le ministre des Affaires étrangères australien Bob Carr, préconisant un "traité solide et précis permettant aux pays de repérer et de répertorier les transferts et les ventes".

Les Européens militent eux aussi pour un traité large et juridiquement contraignant. "Nous pensons qu'un traité sur le commerce des armes doit couvrir tous les types d'armes classiques, y compris notamment les armes légères et de petit calibre, tous les types de munitions et les technologies associées", écrivent les ministres des Affaires étrangères français, britannique, allemand et suédois dans une tribune libre publiée lundi.

Le chef de la diplomatie finlandaise s'est déclaré "relativement confiant de pouvoir aboutir à un accord dans les semaines à venir", avant la date butoir du 27 juillet fixée pour ces négociations, qui ont été précédées de cinq réunions préparatoires.

Mais si la plupart des pays reconnaissent qu'il faut réglementer cet énorme marché (70 milliards de dollars par an, dont 40% pour les seuls Etats-Unis), il n'y a pour l'instant aucun accord formel sur l'objectif prioritaire -- lutte contre le trafic d'armes ou moralisation des ventes légales -- ni sur la portée du traité ou sur les critères à respecter pour accepter ou refuser une vente.

La Russie, qui a vendu pour 13,2 milliards de dollars d'équipements militaires en 2011, met l'accent sur la lutte contre le trafic d'armes et souhaite des critères peu contraignants, de même que l'Iran ou des pays arabes gros importateurs.

Les Etats-Unis veulent exclure du traité les munitions, et la Chine les armes légères. L'Inde, le plus gros importateur mondial d'armes, le Pakistan, le Japon ou l'Arabie saoudite font valoir le droit pour un pays d'équiper ses forces de sécurité.

Outre les ventes directes, il existe une zone grise constituée par les transferts de technologie, la fabrication sous licence ou la vente de pièces détachées et de composants (un marché de 10 milliards de dollars).

Dans ces conditions, les associations de défense des droits de l'homme comme Amnesty international ou Oxfam redoutent un affaiblissement du texte, règle du consensus oblige.

avz/bdx

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