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Yacine Gougelin, un Algérien peu commun

30/06/2012 02:23 EDT | Actualisé 29/08/2012 05:12 EDT

"Je suis venu à l'Algérie de manière spontanée et naturelle. Cela me semblait aller de soi", raconte Yacine Gougelin, Français de métropole devenu un militant actif pour l'indépendance de l'Algérie il y a plus de 50 ans, avant d'en prendre la nationalité.

Après la résistance aux nazis, "la période de décolonisation a offert un espace lyrique qui facilitait les engagements", se souvient cet homme de bientôt 74 ans, l'oeil vif, le langage très "vieille France" manié avec humour et ironie.

Dans son domicile du quartier populaire islamiste de Bach Djarrah, à Alger, il se souvient d'une conversation de Français du Maroc, un an avant l'indépendance de ce pays en 1956, où il se trouvait en vacances à l'âge de 17 ans.

L'un d'eux avait évoqué froidement la liquidation d'indépendantistes marocains: "On a fait ce qu'il fallait. On les a mis dans un avion et on les a envoyés du côté de l'Atlantique".

"Ca m'a fait un choc extrêmement profond, car (j'étais) élevé dans une école tenue par des Jésuites et lisais (l'écrivain humaniste François) Mauriac", confesse Yacine Gougelin, qui s'était lié d'amitié avec de jeunes Marocains.

Dès lors, "le rat de bibliothèque" qu'il était s'est "mis à chercher" l'autre versant de l'Histoire.

En France, il rencontre Mohamed Yacine, militant du Front de Libération nationale (FLN) algérien, et d'autres engagés dans huit ans de guerre (1954-1962) contre la puissance coloniale française.

"La réflexion, les notes qu'il m'a demandées pour organiser des réunions, transmettre des messages, m'ont inséré lentement et consciemment dans le mouvement complètement algérien", raconte-t-il.

Algérien d'origine française depuis 1969, Yacine Gougelin réfute être un "pieds-rouge", dénomination de milliers de militants de gauche et d'extrême gauche venus aider l'Algérie indépendante en 1962 et repartis, souvent désenchantés, quelques années plus tard.

"Je n'ai été dans aucune organisation", dit-il.

La journée de son arrivée à Alger pour s'y établir, début 1963, est "très symptomatique de tout le reste": Mohamed Yacine, devenu instituteur, directeur d'école, l'accueille. Il l'emmène manger du poisson en bord de mer, puis à une réunion syndicale qu'il préside. Là, "sa première parole a été de dire, +Yacine, tu fais le secrétaire de la réunion+. J'ai donc tout de suite plongé dans une activité militante".

Jacques Gougelin endosse le prénom Yacine, qui sera officialisé sur sa carte d'identité algérienne.

"Cela s'est imposé de soi-même. J'ai été porté par l'Histoire", raconte-t-il.

Né dans un milieu bourgeois de Dijon, dans l'est de la France, Jacques Gougelin avait reçu une éducation catholique stricte.

Il découvre l'Algérie en pleine guerre de libération à la fin des années 50 à l'occasion d'un stage de fin d'étude dans une société de Constantine, où son père, administrateur de forges, l'avait envoyé, le jugeant "endoctriné" par ses lectures.

Le jeune homme est déjà plongé dans le combat des Algériens. "Naturellement, je me suis mis à d'autres nouvelles +mauvaises fréquentations+", dit-il.

Formé en gestion, commerce et management, Yacine Gougelin a mené une carrière discrète en Algérie. "Je n'ai jamais eu de fonctions officielles", dit-il modestement, alors qu'il a travaillé aux côtés de hauts dirigeants de l'économie.

"J'ai toujours été dans l'ombre. C'est dans ma nature et je continue à le faire", ajoute cet intellectuel toujours actif dans le conseil en stratégie.

"Je n'ai jamais eu de regret", affirme ce grand amateur d'arts plastiques aux murs couverts de toiles et de centaines de livres.

Il se défend de tout rejet de sa culture française et européenne. "Ce n'est pas une rupture", affirme Yacine Gougelin, militant du rapprochement des deux rives méditerranéennes.

Interrogé sur l'anniversaire le 5 juillet de l'indépendance, il répond: "Je ne suis pas qualifié pour décerner à l'Algérie un +bilan consolidé+ signé au bout de 50 ans. Je renverse la question: imaginez ce que serait l'Algérie sans l'indépendance ?"

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