NOUVELLES

Seize ans après, le massacre d'Abou Slim hante les familles des victimes

30/06/2012 04:20 EDT | Actualisé 29/08/2012 05:12 EDT

Si les murs d'Abou Slim pouvaient parler, ils raconteraient l'horreur vécue dans cette prison les 28 et 29 juin 1996: 1.200 détenus sont exécutés après s'être mutinés pour protester contre la torture sous le régime de Mouammar Kadhafi.

Ceux qui ont survécu tremblent encore, rien que d'y penser. Quant aux familles des victimes, qui n'ont reçu les certificats de décès que douze ans plus tard, elles ne parviennent toujours pas à faire leur deuil, faute d'avoir pu récupérer les corps.

Une exposition de trois jours dans ce bâtiment gris du sud de Tripoli invite les Libyens à se plonger dans l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire de leur pays et rend hommage aux victimes.

Au delà du devoir de mémoire, les rescapés et les familles des victimes réclament une chose: la traduction en justice d'un homme, le colonel Abdallah al-Senoussi, l'ex-chef des renseignements, jugé responsable du massacre.

Abdessalam al-Ougbi, un professeur de sport de 40 ans qui a perdu son frère, insiste pour que le colonel Senoussi, actuellement détenu en Mauritanie, soit jugé dans son pays, qui a demandé son extradition.

"Nous voulons pour lui la peine de mort et qu'elle soit exécutée avec un sabre, à la façon islamique", dit-il.

Le 27 juin 1996, tout commence quand les prisonniers d'une aile de la prison maîtrisent deux gardiens après les avoir capturés et s'être emparés de leurs clés.

Leurs revendications sont simples: des procès, du temps à l'air libre, visite des familles, l'accès aux livres et à l'information, et surtout l'arrêt de la torture et un châtiment pour les gardiens tortionnaires.

Abou Slim est à l'époque une prison de haute sécurité tristement célèbre pour ses violations des droits de l'Homme.

Ali al-Kermi a 22 ans lorsqu'il est incarcéré à Abou Slim où il a passé 28 ans. Il est arrêté en 1984 pour son appartenance à "Libération", un groupe clandestin qui voulait créer un Etat islamique en Libye.

Dans un français parfait, il énumère les mille et une tortures à Abou Slim: les électrochocs, le sel appliqué sur les blessures, l'arrachage de dents ou d'ongles, ou encore la pénétration avec une barre de métal chauffée à blanc.

Le 28 juin, M. Senoussi vient négocier avec les prisonniers la libération des gardiens et promet aux mutins qu'il n'y aura pas de représailles.

Selon un autre survivant, cheikh Mohammed Abou Sedra, le colonel Senoussi affirme que la plupart des revendications des prisonniers sont raisonnables mais que tout jugement des détenus doit être autorisé par le "guide" Mouammar Kadhafi.

"Nous avons alors demandé aux gens de rentrer (dans les cellules) parce qu'ils nous ont dit qu'il n'y avait rien à craindre", explique M. Abou Sedra, qui a passé 21 ans à Abou Slim.

Mais beaucoup de prisonniers sentent le coup fourré et craignent le pire. Ils se prennent dans les bras, dans ce qui sera leurs derniers moments.

M. Kermi, qui dirige aujourd'hui une association de prisonniers d'opinion, raconte qu'il se trouvait dans une autre aile de la prison lorsqu'il a entendu le bruit terrible des balles tirées depuis le toit par les soldats.

Aujourd'hui, des familles entières déambulent, comme dans un rêve, à travers les couloirs humides de la prison et entrent dans les cellules étroites et sombres où étaient jadis entassés plus d'une vingtaine de détenus.

Khaled, la quarantaine, conduit son épouse dans ce qui était sa cellule: "Tu vois ces trous? C'était le seul moyen de parler à nos amis".

Il dit avoir été emprisonné parce qu'il portait une longue barbe et qu'il appelait à un Etat islamique sous un "régime tyrannique qui manipulait (...) la foi musulmane pour opprimer son peuple".

Le coeur de l'exposition, qui prend fin samedi, est une cour où sont présentés des objets artisanaux réalisés par les prisonniers, des photos des victimes ou encore des lettres de détenus jamais envoyées.

dsg/vl/feb/sw

PLUS:afp