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Mali: les mausolées protecteurs de saints musulmans à Tombouctou

30/06/2012 11:25 EDT | Actualisé 30/08/2012 05:12 EDT

Les mausolées de saints musulmans à Tombouctou (nord du Mali), que des islamistes armés ont commencé samedi de démolir, sont perçus par la population comme des protecteurs contre les dangers dans cette ville mythique qui vient d'être classée par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité en péril.

Selon le site Internet de l'Unesco, Tombouctou compte "16 cimetières et mausolées qui étaient des composantes essentielles du système religieux dans la mesure où, selon la croyance populaire, ils étaient le rempart qui protégeait la ville de tous les dangers".

D'après les habitants, ils se trouvent en ville ou dans des cimetières en périphérie de la cité avec des tombes portant des stèles et autres insignes funéraires.

Parmi ces cimetières, figurent ceux de Sidi Mahmoud, Diamane Hamane, Sidi Moctar (ou Sidi el Moctar), Alpha Moya (ou Alpha Moya Idjé Tjina Sare) et Sidi El Wafi.

Le mausolée le plus ancien est celui de Cheikh Abul Kassim Attouaty, enterré à l'ouest de la ville, avec 50 oulémas et saints hommes originaires de Touat. De la même période, les tombeaux du savant Sidi Mahmoud et celui de l'imam Al-Aqib, le restaurateur des mosquées, présentent également un grand intérêt, selon l'Unesco.

Fondée entre le XIe et le XIIe siècles par des tribus touareg, la ville est surnommée notamment "la cité des 333 saints" qui, selon un muséologue malien, sont les équivalents de saints patrons chez les chrétiens. Elle a été un grand centre intellectuel de l'islam et une ancienne cité marchande prospère des caravanes.

La cité compte trois grandes mosquées historiques (Djingareyber, Sankoré et Sidi Yahia), la prestigieuse université coranique de Sankoré et d'autres medersa, témoins de son rayonnement spirituel d'antan.

Elle est également célèbre pour ses dizaines de milliers de manuscrits, dont certains remontent au XIIe siècle, et d'autres de l'ère pré-islamique. Ils sont pour la plupart détenus comme des trésors par les grandes familles de la ville.

Environ 30.000 de ces manuscrits qui étaient conservés dans un institut gouvernemental ont été déplacés ailleurs et "sécurisés", après le saccage de lieux par des islamistes en avril, d'après des bibliothécaires.

Samedi après-midi, les islamistes d'Ansar Dine (Défenseur de l'islam) avaient déjà détruit trois mausolées, et promis de continuer la démolition de tous les sites similaires, "sans exception", selon leur porte-parole à Tombouctou, Sanda Ould Boumama,

La démolition de ces sanctuaires rappelle le sort d'autres ouvrages du patrimoine mondial, dont les Bouddhas de Bamyan, dans le centre de l'Afghanistan, détruits en mars 2001 par les talibans et leurs alliés d'Al-Qaïda.

En Afrique de l'Est, les islamistes somaliens shebab ont détruit de nombreux mausolées de mystiques soufis dont la mémoire était vénérée par les populations locales.

bur-acm/cs/jpc

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