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Le président égyptien élu, l'islamiste Mohamed Morsi, va prêter serment

30/06/2012 06:17 EDT | Actualisé 30/08/2012 05:12 EDT

Le président égyptien élu, l'islamiste Mohamed Morsi, doit prêter serment samedi, mais il devra composer avec l'armée qui conservera de larges pouvoirs même après son investiture.

La cérémonie devait commencer à 11H00 locales (09H00 GMT) au siège de la Haute Cour constitutionnelle, en banlieue du Caire, où M. Morsi est arrivé selon la télévision d'Etat, mais aucune image n'a filtré de l'intérieur de la Cour.

Mohamed Morsi va succéder à Hosni Moubarak, renversé par une révolte populaire l'an dernier et condamné à la prison à vie pour sa responsabilité dans la mort de manifestants pendant le soulèvement. Il deviendra le premier islamiste à accéder à la présidence de l'Egypte, dont les quatre précédents chefs d'Etat étaient tous des militaires.

Son arrivée au pouvoir marquera un retournement dans l'histoire des Frères musulmans, fondés en 1928 et officiellement interdits en 1954 mais relativement tolérés sous Moubarak malgré les campagnes d'arrestations dont ils faisaient l'objet. M. Morsi lui-même a été emprisonné sous l'ancien régime.

La procédure de prestation de serment avait fait l'objet d'un bras de fer entre les militaires au pouvoir et les Frères musulmans, la junte estimant que M. Morsi devait être investi devant la Cour constitutionnelle, les islamistes insistant pour qu'il le soit devant le Parlement, officiellement dissous mais selon eux toujours légitime.

Le président a finalement cédé mais a défié l'armée vendredi en prêtant symboliquement serment devant des dizaines de milliers de personnes à Tahrir, "la place de la liberté et de la révolution" selon ses propres termes.

"Vous êtes la source du pouvoir et de la légitimité, qui est au-dessus de tout le monde. Il n'y a de place pour personne, pour aucune institution (...) au-dessus de cette volonté", a-t-il lancé sous les vivats de la foule.

Mais le Conseil suprême des forces armées (CSFA), à qui M. Moubarak a remis le pouvoir en démissionnant sous la pression de la rue le 11 février 2011, a récupéré le pouvoir législatif après la dissolution de l'Assemblée, ce qui laisse présager une période de cohabitation délicate avec M. Morsi.

Les généraux gardent ainsi un droit de veto sur toute nouvelle législation ou mesure budgétaire qui n'aurait pas leur agrément et se réservent un droit de regard sur la rédaction de la future Constitution, pierre angulaire du partage des pouvoirs dans l'avenir.

Le nouveau président devra en effet gouverner alors que l'Egypte n'a toujours pas de Constitution, celle en vigueur sous M. Moubarak ayant été suspendue et la rédaction de la nouvelle ayant pris du retard.

Même si sa victoire a été saluée par un bond record de la Bourse du Caire après des semaines de tension et d'anxiété, M. Morsi devra faire face à une situation économique difficile.

Dès l'annonce officielle de sa victoire, il a commencé à travailler à la formation d'un "gouvernement de coalition" destiné à donner des gages d'ouverture et élargir son assise politique face aux militaires. M. Morsi a laissé entendre que son futur Premier ministre pourrait être une personnalité "indépendante".

Dans un éditorial, le quotidien gouvernemental Al-Ahram a réclamé samedi du nouveau président qu'il prenne ses distances avec le Parti de la Liberté et de la Justice (PLJ, issu des Frères) et de former un gouvernement ouvert aux diverses forces politiques égyptiennes.

Le quotidien indépendant Al-Chourouq a pour sa part demandé "la fin rapide de la période de transition, d'accélérer la rédaction de la Constitution et l'organisation d'élections législatives, sinon la situation restera instable".

M. Morsi a battu le dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, Ahmad Chafiq, lors de la première présidentielle après la révolte, dont le second tour s'est tenu les 16 et 17 juin. Il a obtenu 51,73% des voix.

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