Le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf, a dénoncé le manque d'intérêt de la France pour la promotion du français dans le monde, dans un entretien samedi à un quotidien québécois.

"Nous sommes quand même parvenus à obtenir que les autorités françaises s'intéressent réellement à la francophonie. Mais, en gros, les universitaires et les intellectuels s'en moquent. C'est la nouvelle trahison des clercs", a-t-il dit au quotidien Le Devoir.

"Et les hommes d'affaires s'en moquent encore plus. Quand vous leur en parlez, vous les ennuyez. On a l'impression que seule la mondialisation les intéresse", a ajouté M. Diouf.

L'ancien président sénégalais s'est cependant réjoui de l'arrivée à la présidence de François Hollande, avec lequel il dit avoir discuté à trois reprises de la francophonie avant son élection. "Je pense qu'au niveau de son gouvernement, il fera passer le souffle".

"Le français est une langue dont le nombre de locuteurs augmente et qui est très demandée dans le monde entier", a rappelé le secrétaire de l'OIF en citant notamment l'Afrique anglophone, la Chine et les pays du Golfe.

"Si tout se passe normalement, à l'horizon de 2050, il devrait y avoir plus de 700 millions de francophones, dont 80% en Afrique", a-t-il déclaré.

A l'heure où certains constatent un recul du français au Québec, notamment à Montréal, M. Diouf a dit espérer que "ces prédictions (...) ne se réaliseront pas, car nous, nous avons besoin du Québec".

"Si tous les pays de la francophonie étaient aussi résistants, aussi créatifs, aussi innovants (ndlr: que le Québec) en ce qui concerne le français, je serais heureux parce que vous faites quand même des choses extraordinaires", a-t-il indiqué.

"Ceux qui défendent le plus le français dans les arènes internationales, ce sont les Québécois et les Africains", a-t-il précisé. "Nous y tenons comme à la prunelle de nos yeux".

M. Diouf est attendu à Québec où se tient à partir de lundi le premier forum mondial sur la langue française, qui se donne pour objectif de tracer un portrait détaillé de la francophonie d'aujourd'hui.