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Algérie: gout amer après 50 ans d'indépendance et de tâtonnements

30/06/2012 02:20 EDT | Actualisé 29/08/2012 05:12 EDT

Les Algériens s'apprêtent à fêter leurs 50 ans d'indépendance de la France avec un goût amer de démocratie bridée et de développement économique ralenti par une extrême dépendance aux hydrocarbures.

Le président Abdelaziz Bouteflika a certes engagé cette année des réformes politiques, suite à une série d'émeutes sanglantes il y a un an et demi et à une série de grèves lancées dans la foulée du Printemps arabe, qui a bouleversé la Tunisie et la Libye, deux grands voisins.

L'Algérie "ne pourrait se résigner à être aujourd'hui à la traîne du remarquable progrès économique, scientifique et technologique, ni à manquer le train des mutations accélérées que connaît le monde dans les domaines de la pratique démocratique, des libertés individuelles et collectives et des droits de l'homme", déclarait M. Bouteflika avant les législatives du 10 mai dont les élus devraient poursuivre ses réformes.

Mais 50 ans après le départ des Français au terme de 132 ans de présence, le constat est sombre, notamment chez les moins de 35 ans, qui représentent 70% des 37 millions d'habitants.

"Les jeunes de ce pays considèrent l'Algérie comme un désert où rien ne pousse", dit à l'AFP, désabusé, Saïd, 32 ans.

"Les jeunes, majoritaires en Algérie, payent les frais de la mauvaise gestion des dirigeants qui se sont succédé depuis 1962 à la tête du pays. Aujourd'hui il ne rêvent que de traverser la Méditerranée", affirme-t-il.

Leur taux de chômage était supérieur à 20% en novembre 2011, selon le FMI, et l'inflation a atteint en avril 6,4% en taux annuel (officiel), rendant chaque jour un peu plus difficile la situation financière de la majorité des Algériens.

"Après 50 années d'indépendance politique, le constat est amer, juge l'universitaire et expert en management stratégique Abderrahmane Mebtoul: vieillissement des élites politiques issues de la guerre de libération nationale, obsolescence du système politique et enjeux de pouvoir internes, crise économique, sociale et culturelle et, enfin, contraintes externes de plus en plus pesantes".

Depuis l'indépendance qu'elle fêtera le 5 juillet, l'Algérie a vécu le coup d'Etat de 1965 contre son premier président Ahmed Ben Bella, renversé par son ministre de la Défense Houari Boumediene, puis la démission forcée du président Chadli Bendjedid dont la politique de libéralisation avait offert en 1991 une victoire assurée aux islamistes aux législatives, finalement annulées.

Son successeur, Mohamed Boudiaf, assassiné il y a exactement 20 ans, s'était promis de combattre l'opacité du pouvoir, sous influence militaire, et les islamistes, devenus porte-parole de la rébellion des Algériens contre leur système politique.

Résultat: une guerre civile meurtrière de plus de dix ans entre forces de l'ordre et islamistes qui a fait 200.000 morts et meurtri la population, victime de cette lutte de pouvoir.

"Cinq décennies après l'indépendance, nous sommes toujours à la recherche d'une légitimité articulée sur un programme et une stratégie structurée, un statut organique définissant les rouages de l'Etat et leur mode de fonctionnement et une direction unique et homogène", souligne l'ancien Premier ministre Ahmed Benbitour dans une chronique publiée par le journal Liberté.

Passée en 1962 à un socialisme sous diverses formes, puis à l'économie libérale en 1988 avant de plonger dans sa guerre, l'Algérie retombe ensuite dans le dirigisme mais avec une constante: un Etat rentier.

Avec des réserves estimées à 205 milliards de dollars à la fin 2012, selon les prévisions du FMI, ce pays affiche une richesse issue des seuls hydrocarbures.

Les experts, tels M. Metboul, soulignent que l'Algérie tire ses bénéfices à "98% d'exportations d'hydrocarbures à l'état brut et semi brut, tandis que 70% à 75% des besoins des ménages et des entreprises sont importés".

Si l'agriculture s'améliore progressivement et d'intenses efforts sont annoncés pour relancer le secteur industriel, tombé à 5% du PIB l'an dernier, la route est encore longue pour un pays maintenant menacé par l'instabilité de ses voisins, dont le Mali.

Quant à ses relations avec l'ancienne puissance coloniale, la France, elles sont "en dents de scie", selon les deux pays, depuis l'indépendance. S'il y a certes eu une amélioration des liens économiques sous le président Nicolas Sarkozy, beaucoup est attendu au plan politique depuis l'élection en mai de François Hollande.

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