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Algérie: des moudjahidine réclament liberté et reconnaissance 50 ans après l'indépendance

30/06/2012 02:21 EDT | Actualisé 29/08/2012 05:12 EDT

Cinquante après l'indépendance de l'Algérie, d'anciens combattants de la guerre de libération contre la France jugent sévèrement leurs dirigeants qu'ils accusent de manquer de reconnaissance et d'étouffer la liberté pour laquelle ils se sont battus.

"L'indépendance, nous l'avons arrachée, la liberté on l'attend toujours", déclare Abdelmadjid Azzi, un ancien combattant de la wilaya III, en Kabylie, région montagneuse à l'est d'Alger qui a abrité d'important maquis de l'Armée de libération nationale (ALN).

"Nous pensions que l'Algérie allait être un pays démocratique où les citoyens pourraient s'exprimer librement. Les hommes qui ont pris les armes contre la France et la population, sur lesquels avait s'était reposé le poids de la guerre, ont été écartés" des décisions politiques, regrette encore M. Azzi.

Plusieurs figures de la lutte pour l'indépendance n'ont pas occupé de fonctions politiques après 1962, la plupart ayant fait les frais de la lutte pour le pouvoir entre l'Etat-major général (EMG), le commandement de l'ALN basé aux frontières Est et Ouest de l'Algérie, et le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) qui a conduit les négociations avec la France.

"Un coup d'Etat a remis en cause la légitimité du GPRA et depuis c'est le même clan (l'EMG) qui règne sur le pays après avoir confisqué l'indépendance de l'Algérie", affirme M. Azzi.

L'ancienne combattante Louisette Ighilhariz abonde dans le même sens: un demi-siècle après l'indépendance, "le pays est livré à la mauvaise gestion et la corruption".

Cette septuagénaire qui a relancé en 2000 le débat sur la torture pendant la guerre d'Algérie (1954-1962) juge exagérée l'influence prêtée aux moudjahidine sur les centres de décisions.

"Je ne crois pas que les moudjahidine ont de l'influence. Ils ne sont que rarement sollicités lorsqu'il s'agit de prendre des décisions importantes pour l'avenir du pays", ajoute-t-elle.

En avril, une grande figure de la lutte pour l'indépendance, Djamila Bouhired avait défrayé la chronique en révélant son incapacité à subvenir à ses besoins comme nombre d'anciens combattants indépendantistes qui survivent avec une "pension dérisoire".

Mme Bouhired, héroïne de la Bataille d'Alger, s'est plainte au quotidien El Watan de manquer d'argent pour se faire soigner à Paris d'une maladie du coeur, alors que des conventions bilatérales lient les sécurités sociales algérienne et française depuis 1981.

Des moudjahidine "dont l'intégrité est connue, n'ont bénéficié d'aucun avantage, avait-elle déjà lancé en 2009 dans une lettre au président Abdelaziz Bouteflika. La somme qui leur serait allouée ne pourrait dépasser les honoraires généreux attribués aux députés et sénateurs, ainsi qu'à vous-même et à tous les (emplois) alimentaires qui vous entourent".

Avec environ 45.000 dinars (450 euros) de pension, ils bénéficient d'avantages octroyés par l'Etat, notamment la priorité à l'emploi et les licenses d'importations de véhicules exonérées de taxes douanières.

Selon l'organisation nationale des moudjahidine (ONM), quelque 100.000 anciens combattants sont vivants.

Cette puissante organisation, très proche du pouvoir, reste le fer de lance de la "famille révolutionnaire", expression désignant les partis politiques et organisations qui se disent les héritiers de la révolution du 1er novembre 1954.

Un ancien cadre au ministère de la Justice, Benyoucef Mellouk, avait révélé toutefois en 1992, l'existence de "faux moudjahidine", qui avaient falsifié des documents pour obtenir le statut convoité d'ancien combattant.

Selon la presse, ils seraient de 10.000 à 20.000.

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