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Murdoch scelle un avenir incertain pour les journaux de son empire

29/06/2012 12:18 EDT | Actualisé 29/08/2012 05:12 EDT

Les journaux ont beau être le premier amour de Rupert Murdoch, la scission prévue de son empire des médias est un aveu de l'incapacité de la presse à garder le pas avec la croissance de ses actifs du divertissement et de l'audiovisuel.

News Corp a indiqué jeudi qu'il comptait se scinder en deux sociétés cotées, l'une regroupant les activités de télévision et cinéma, qui représentent 23 milliards de dollars de recettes environ, et de l'autre celles de presse et édition, qui ne pèse que 8,8 milliards de dollars environ).

Les actifs de presse et édition comptent des noms parmi les plus prestigieux au monde (Wall Street Journal, Times of London, Dow Jones, etc.) mais ce secteur souffre depuis plusieurs années d'une désaffection pour la presse écrite.

A quoi s'est ajouté le scandale des écoutes illégales menées pendant des années par l'ex-fleuron de Murdoch, New of the World, qui a nui à la réputation du groupe tout entier.

"Cette décision est la ratification du fait que l'information et le divertissement suivent des trajectoires différentes qui ne cessent de s'éloigner", a commenté Ken Doctor, un analyste du cabinet de recherche Outsell.

Certains analystes qualifient même certaines enseignes de presse à des "albatros" qui plombent la valeur du groupe.

Si l'édition et la presse représentent un quart des recettes du groupe, les analystes ne leur attribuent que 7% du total de sa valeur, à cause de leur faible croissance et de l'environnement négatif pour le secteur.

Ken Doctor estime qu'une fois la scission achevée, "la réalité cruelle de l'activité presse sera révélée au grand jour. Elle suit le chemin de ses pairs, c'est-à-dire le déclin".

D'après lui, Dow Jones, propriétaire du Wall Street Journal, est une "exception" qui masque les pertes d'autres journaux.

Rupert Murdoch a dit qu'il comptait présider les deux entreprises issues de la scission, insistant sur le fait que le pool information et édition ne serait en aucun cas l'enfant mal aimé de son empire.

Le magnat américano-australien, qui a construit son groupe à partir d'un seul quotidien d'Adélaïde, a répété jeudi sa foi dans l'avenir de l'information en tant que matière rentable: "la réponse, en un mot, c'est le numérique", a-t-il dit lors d'une conférence d'analystes.

"Les gens vont payer pour l'information, c'est la matière première qui a le plus de valeur. Le monde est de plus en plus complexe et les gens ont besoin de savoir ce qui se passe", a-t-il argumenté.

Mais pour Richard Greenfield, de BTIG Research, "les perspectives des actifs de publication de News Corp empirent au jour le jour... Surtout en dehors de Dow Jones".

M. Murdoch a affirmé que la scission n'était en aucun cas une réaction au scandale des écoutes en Grande-Bretagne et que ce projet était à l'étude depuis plusieurs années.

Pour l'analyste David Joyce de la maison de courtage Miller Tabak, la scission va aider le numéro deux, Chase Carey, qui va diriger le bras audiovisuel du groupe, à "se focaliser sur les actifs de divertissement et à ne plus être distrait par les retombées du scandale au Royaume-Uni".

Pour lui, Murdoch pourrait décider de sortir les activités d'édition et presse de la cote d'ici 5 ans, et se retrouver lui et sa famille avec le "contrôle total" de ces actifs.

Ken Doctor souligne qu'il reste un certain nombre de questions en suspens sur la scission, notamment quelle unité garderait le nom News Corp et la manière dont la trésorerie serait distribuée.

L'analyste remarque que si tous les journaux font face à la chute des recettes publicitaires, plusieurs fleurons du groupe, comme Times of London/Sunday Times et le New York Post, "sont des gouffres financiers".

Pour redresser la rentabilité de la division d'information, Murdoch doit "circonscrire rapidement les actifs qui perdent de l'argent.

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