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Les Iraniens sous la pression des sanctions économiques occidentales

29/06/2012 07:58 EDT | Actualisé 29/08/2012 05:12 EDT

Leila est devenue imbattable à tous les jeux de son iPhone d'importation, car derrière son bureau d'une agence de voyage assoupie du centre de Téhéran, elle n'a souvent rien d'autre à faire.

"Comme vous pouvez le voir, les affaires ne marchent pas fort", explique-t-elle en montrant les locaux sans le moindre client.

"L'été dernier, j'étais tout le temps au téléphone à me débattre avec des clients pour leur expliquer que tous les vols étaient complets. Maintenant, notre clientèle a baissé des deux-tiers et les bons jours, c'est à peine si nous parvenons à remplir les avions".

Les voyages sont le premier luxe que les classe moyennes iraniennes ont dû sacrifier, dans un contexte de crise et d'inflation galopante qui n'a cessé de s'agraver depuis deux ans du fait des sanctions économiques imposées par les Occidentaux pour tenter de pousser Téhéran à renoncer à son programme nucléaire controversé.

En premier lieu, le dollar a augmenté de 50% depuis l'automne 2011. "Les prix des voyages ont doublé et de moins en moins de gens peuvent se permettre de voyager", explique Leila.

Outre l'effondrement de la monnaie locale, que la Banque centrale, en mal de devises fortes du fait des sanctions bancaires, n'arrive plus à défendre, le renchérissement des importations occidental a accéléré l'inflation, alimentée aussi par la suppression des subventions décidée par le gouvernement pour faire des économies.

Les autorités reconnaissent une inflation annuelle de 22%, mais les experts indépendants et certains parlementaires estiment que le taux réelle est au moins deux fois plus élevé.

Les Iraniens, qui n'ont plus accès aux cartes de crédit internationales, ont également des difficultés à se procurer des devises que les banques ne vendent plus qu'au compte-goutte: 1.000 dollars par an et par voyageur.

"Les grandes puissances nous mettent sous pression (...). Je déteste les pressions mais (le président Mahmoud) Ahmadinejad leur a donné un prétexte parfait avec ses déclarations sur le mythe de l'Holocauste", regrette Ardeshir, un chauffeur de taxi de 60 ans, ancien officier d'artillerie.

"Je ne sais pas si je ne devrais pas plutôt être en colère contre les politiciens qui tirent les ficelles", explique-t-il. "Ce qui est sûr, c'est que je dois maintenant travailler 12 à 15 heures par jour pour payer les études de ma fille à l'université".

A la sortie d'une boulangerie, Manijeh, mère de famille de 43 ans mariée à un fonctionnaire à la retraite, fustige la hausse du prix du pain de 20% début juin.

"Le pain est plus cher, le fromage est plus cher, et le lait aussi. Je dois réduire les dépenses non-essentielles. Avant il y avait du chocolat d'importation tous les matin au petit déjeuner pour ma fille de 6 ans qui l'adore, maintenant je n'en achète qu'une fois par mois", explique-t-elle.

"Tout ça, c'est à cause des sanctions", estime-t-elle.

Mais beaucoup d'autres Iraniens de condition modeste imputent l'explosion des prix des produits de consommation courante et de l'énergie à la politique du gouvernement, critiquée jusqu'au sein du propre camp conservateur de M. Ahmadinejad.

Le niveau d'inflation crée des "problèmes psychologiques" au sein de la société, a dénoncé en juin le président du Parlement, Ali Larijani. "S'il y avait une politique saine et cohérente, la situation économique de notre pays serait différente, vu l'importance de nos ressources".

Publiquement, les dirigeants iraniens continuent généralement d'affirmer que les sanctions sont sans effet, M. Ahmadinejad niant jusqu'à l'existence d'une crise économique.

Mais dans des cercles restreints, ils reconnaissent que la fermeture des canaux bancaires internationaux, l'arrêt des investissements occidentaux et plus récemment l'embargo pétrolier européen ont sérieusement touché l'Iran, certains évoquant même une "économie de guerre".

mod-lma/fc

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