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Le Sénégal élit ses députés dimanche, un scrutin à l'issue incertaine

29/06/2012 04:15 EDT | Actualisé 28/08/2012 05:12 EDT

Les Sénégalais se rendent dimanche aux urnes pour élire leurs députés, des législatives à l'issue incertaine qui ont lieu trois mois après l'écrasante victoire à la présidentielle de Macky Sall dont l'objectif est maintenant d'avoir une forte majorité à l'Assemblée nationale.

Les 24 listes de partis et coalitions en lice achèvent vendredi soir une campagne électorale qui s'est déroulée sans incident majeur.

Elle a été marquée par de vives polémiques concernant les audits sur la gestion du régime d'Abdoulaye Wade, l'ex-président, audits pour lesquels d'anciens responsables de services publics ont été écroués, d'anciens ministres convoqués et entendus par la gendarmerie et la justice.

L'ex ministre de l'Intérieur de M. Wade, Ousmane Ngom, qui avait refusé de répondre à une de ces convocations et incité les dirigeants de son camp à suivre son exemple, a même été interpellé sans ménagement par des policiers.

L'opposition a dénoncé une "chasse aux sorcières" destinée à l'empêcher de mener sa campagne.

Ces législatives à un seul tour visent à renouveler pour cinq ans les 150 députés à l'Assemblée nationale (90 au scrutin majoritaire et 60 au scrutin proportionnel): plus de 7.000 candidats briguent les suffrages de plus de 5,3 millions d'électeurs, dont 205.911 dans 43 pays étrangers.

Les élections se tiennent trois mois après le second tour de la présidentielle du 25 mars, largement remporté par Macky Sall avec 65% des voix face à Abdoulaye Wade, chef d'Etat vieillissant, très contesté après 12 ans de pouvoir.

Des violences avaient marqué la campagne du premier tour du 28 février, faisant au moins six morts et 150 blessés.

Après son éclatante victoire, l'enjeu du scrutin pour Macky Sall est d'obtenir une solide majorité qui lui permette de mener sa politique affichée de "rupture" d'avec les années Wade.

"Un président sans majorité n'a pas la possibilité de gouverner et nous nous retrouverions dans une impasse", a-t-il déclaré, en appelant à voter pour la coalition "Benno bokk yaakkar" (Unis pour un même espoir, en langue wolof) qui le soutient.

Ses principaux concurrents sont le Parti démocratique sénégalais (PDS) de Wade, qui n'est pas candidat, et "Bokk gis gis" (Vision commune, en wolof), coalition de dissidents du PDS dont le président du Sénat, Pape Diop, celui de l'Assemblée nationale, Mamadou Seck, et plusieurs anciens ministres.

Ils ont appelé à "imposer la cohabitation" à Macky Sall.

"Si le président n'a pas de majorité parlementaire, c'est l'opposition qui nomme un Premier ministre et forme le gouvernement. Pour qu'il puisse gouverner à l'aise, il lui faut cette majorité", explique le juriste Ismaïla Madior Fall.

L'actuelle Assemblée nationale, issue des législatives de 2007 qui avaient été boycottées par l'opposition pour exiger des réformes électorales, est largement dominée par le PDS qui a cependant connu de nombreux départs depuis la défaite d'Abdoulaye Wade en mars.

Le peu d'engouement populaire pendant la campagne, les fissures dans la coalition présidentielle, dont des responsables se présentent sous leur propre bannière, l'émiettement des listes - dix de plus que lors des législatives de 2007 - rendent l'issue du scrutin incertaine.

Un des enjeux sera également le taux de participation, déjà faible à la présidentielle de mars (55%), qui pourrait être plus bas encore, craignent les observateurs.

La nouvelle Assemblée aura la particularité de comprendre beaucoup plus de femmes - 33 actuellement - grâce à une loi adoptée en mai 2010 qui instaure la parité absolue dans toutes les institutions totalement ou partiellement électives.

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