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Exportation d'amiante: Québec accorde un prêt de 58 millions $ à la mine Jeffrey

29/06/2012 04:28 EDT | Actualisé 29/08/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le gouvernement du Québec a finalement annoncé vendredi l'octroi d'un prêt portant intérêt de 58 millions $ à la mine Jeffrey d'Asbestos, qui pourra ainsi reprendre ses activités et exporter de l'amiante chrysotile, principalement en Inde.

Cela faisait près de deux ans que le président de la mine, Bernard Coulombe, attendait cette décision.

Le prêt doit permettre de terminer la réhabilitation de la mine souterraine de chrysotile de l'entreprise et sa mise en service. Jusqu'à 425 emplois pourraient être créés par la relance.

Québec avait donné son accord de principe pour l'octroi d'une aide financière en avril 2011. La décision était toutefois conditionnelle à ce que le principal investisseur dans le projet, la société montréalaise Balcorp, de l'entrepreneur d'origine indienne Baljit Singh Chadha, injecte 25 millions $ dans cette aventure de 83 millions $.

Balcorp n'a complété son montage financier qu'au début du mois, soit bien plus tard que prévu initialement. Il a ensuite fallu que le conseil des ministres entérine officiellement le prêt de 58 millions $.

En plus des redevances minières habituelles, Jeffrey devra verser 1,5 million $ par année au gouvernement. Les premiers 7,5 millions $ ainsi récoltés serviront à créer un fonds de diversification pour la MRC des Sources.

Risques pour la santé

Invoquant les risques pour la santé de ce produit cancérigène, plusieurs intervenants se sont opposés au projet, dont les directions de la santé publique du Québec. Le gouvernement a rétorqué que le chrysotile est sûr s'il est employé dans le respect des règles.

Or, des reportages effectués au cours des dernières années ont montré que ces règles ne sont pas toujours suivies en Inde, où Balcorp compte exporter une bonne partie de la production de la mine Jeffrey.

Québec a dit vendredi avoir récemment signé un «accord de coopération» avec l'Inde «pour échanger l'expertise en matière d'utilisation sécuritaire des ressources minérales, dont le chrysotile».

Le gouvernement a de plus promis qu'un «audit externe» serait mené «par une firme reconnue» auprès de tous les clients de la mine Jeffrey, question de «garantir un traitement sécuritaire du chrysotile».

Le chrysotile est principalement utilisé pour la fabrication d'amiante-ciment, lequel est employé dans la construction de bâtiments agricoles, d'aqueducs et d'égouts.

«Nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour que le chrysotile soit utilisé de façon sécuritaire par tous nos clients», a soutenu M. Coulombe.

«La relance de la mine Jeffrey générera des retombées économiques très importantes non seulement pour la région et pour l'industrie minière québécoise, mais aussi pour d'autres pays», a affirmé Yvon Vallières, député de Richmond et ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes.

«En effet, les experts prévoient que la demande de chrysotile augmentera dans les années à venir, surtout en Inde, alors que l'offre mondiale diminuera», a-t-il ajouté.

Réactions

Le Dr Yves Bonnier Viger, président de l'Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec, a très mal accueilli l'annonce de vendredi.

«Ça démontre une insensibilité aux données scientifiques et c'est un manque de respect pour la santé et le bien-être de la population, a-t-il déclaré au cours d'un entretien téléphonique. Dans ce sens-là, ça m'attriste beaucoup.»

Le médecin n'entend pas abandonner la lutte pour autant. Lui et ses collègues continueront de faire pression sur les élus dans l'espoir que le gouvernement revienne sur sa décision.

De son côté, le Dr Luc Boileau, pdg de l'Institut national de santé publique du Québec, a dit «prendre acte» de la décision gouvernementale.

«La relance de cette mine-là peut être une bonne nouvelle économique pour la région, mais elle pose certainement le défi de s'assurer que le produit, l'amiante, soit utilisé de façon sécuritaire que ce soit au Québec ou ailleurs dans le monde», a-t-il noté.

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