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Euro-2012- Pirlo, Ramos: l'ombre de Panenka plane sur les tirs au but

29/06/2012 08:07 EDT | Actualisé 29/08/2012 05:12 EDT

En deux séances de tirs au but, l'Euro-2012 a remis au goût du jour un geste technique audacieux et esthétique, la "Panenka", un penalty exécuté en finesse, qui porte depuis 1976 le nom de son créateur tchèque, et a été imité avec réussite par Andrea Pirlo et Sergio Ramos.

C'est le 20 juin 1976 à Belgrade qu'Antonin Panenka, honnête milieu de terrain de 27 ans, est devenu célèbre aux yeux du monde et "poète" aux yeux d'un journaliste, bluffé par ce tir au but de velours qui a pétrifié l'immense Sepp Maier et offert à la Tchécoslovaquie le titre européen (2-2 a.p., 5-3 t.a.b.).

Célèbres, Andrea Pirlo et Sergio Ramos le sont. Poètes, pas encore. Même si la "fée clochette" de l'Italie incarne une certaine idée, romantique, d'un football chatoyant, assez éloigné de la puissance personnifiée par Ramos, le "Tarzan de Camas".

Le milieu italien et le défenseur espagnol ont en commun d'avoir contribué à la qualification de leur pays pour le tour suivant, en imitant Panenka mais en faisant de ce geste de classe une arme psychologique redoutable.

Contre l'Angleterre en quart de finale, Pirlo a réussi sa Panenka à un moment critique, après que Riccardo Montolivo eut manqué le sien. Ainsi, il a inoculé le doute chez le gardien Joe Hart qui pensait avoir pris l'avantage sur les tireurs, avec ses grimaces façon "haka" néo-zélandais.

"J'ai vu que le gardien était vraiment excité et j'ai pensé faire ça, c'était plus facile de tirer de cette manière et ça lui a mis un peu de pression", a expliqué Pirlo, 33 ans.

Et "l'architecte" de relancer par ce coup de "cucchiaio" (cuillère en italien) la série, puisque dans la foulée les Anglais Ashley Young et Ashley Cole ont échoué, avant que Diamanti n'envoie les Azzurri en demi-finale. Stratégie payante.

Face au Portugal, mercredi dans la première demi-finale, Ramos a connu pareil succès, presque dans le même timing, après que Xabi Alonso eut manqué le sien. Iker Casillas avait entre-temps remis les deux équipes à égalité en repoussant la tentative de Moutinho, puis Cesc Fabregas a qualifié l'Espagne en finale.

Tout aussi efficace, la "Panenka" de Ramos fut toutefois moins motivée par la stratégie que par l'orgueil.

"Je l'avais planifiée avant, je ne vais pas mentir, a-t-il avoué. Après ma dernière expérience des tirs au but avec le Real Madrid (contre le Bayern Munich en demi de C1 em mai, frappe dans les tribunes, ndlr), les gens ont dit que je n'étais pas prêt à prendre la responsabilité de tirer un penalty."

Lorsque Antonin Panenka réussit son tir piqué en finale de l'Euro-1976, ce n'est ni de la stratégie ni de la fanfaronnade: juste la simple expression du plaisir et de l'habitude, lui qui en avait auparavant déjà marqué de nombreux dans ce style.

"L'idée m'est venue alors que je m'entraînais aux penalties aux Bohemians de Prague avec notre gardien Zdenek Hruska", racontait en 2007 Panenka à une radio praguoise.

"On pariait une bière ou une barre chocolatée à chaque penalty. Et comme il repoussait plus souvent mes tirs que je ne marquais, il a fallu que je trouve un moyen (...) J'ai alors réalisé que le gardien attend toujours le dernier moment pour anticiper le bon côté avant de plonger. J'ai donc feinté avant de tirer mollement au centre, de sorte que le gardien, déjà à terre, n'ait aucune chance de rattraper le ballon."

Ironie de l'histoire, en offrant le trophée à la Tchécoslovaquie, Panenka privait par la même l'Allemagne de l'Ouest, alors championne d'Europe et du monde en titres, d'un triplé historique Euro-Mondial-Euro.

En finale contre l'Italie, dimanche à Kiev, l'Espagne, qui rêve à son tour de devenir la première à réaliser cet exploit, priera pour que l'ombre de Panenka ne plane plus sur cet Euro. Même si Ramos a déjà su au moins se mettre à la hauteur de Pirlo...

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