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Coupes dans les soins aux réfugiés: le ministre de l'Immigration garde le cap

29/06/2012 12:57 EDT | Actualisé 29/08/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Le ministre de l'Immigration, Jason Kenney, a envoyé un message aux provinces qui lui demandent de revoir sa décision de couper dans le programme de soins pour les demandeurs d'asile: elles devraient se préoccuper de la santé de leurs citoyens avant celle des réfugiés.

Il a fait savoir vendredi qu'il n'a pas l'intention de changer de cap, malgré la pression grandissante des provinces et des professionnels du monde médical.

Le Québec et l'Ontario ont déjà demandé à Ottawa de reconsidérer les compressions puisque ce sont elles qui devront en supporter les coûts. Un déplacement des dépenses, disent-elles, et non pas de réelles économies.

Vendredi, un groupe de médecins, d'infirmières et d'autres professionnels de la santé de l'Hôpital de Montréal pour enfants ont posté quelques 800 lettres au ministre Kenney après avoir passé près de 10 jours à informer la population et à recueillir leurs signatures. Leur objectif est de faire reculer le ministre car les coupes risquent selon eux de nuire à la santé à long terme des demandeurs de statut de réfugié. Un enfant malade est un enfant malade, qu'il soit citoyen ou réfugié, plaident-ils.

Avec les changements proposés par Ottawa au programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) — qui prend en charge les demandeurs d'asile — certaines catégories d'entre eux n'auront plus accès aux services de santé de base et aux médicaments dont ils ont besoin. Ils verront leurs soins couverts uniquement s'ils sont jugés urgents ou indispensables, dénoncent les professionnels de la santé de l'Hôpital. Finis aussi les soins dentaires et de la vue.

Ces bénéfices prendront fin samedi.

Mais le ministre de l'immigration ne s'est pas laissé émouvoir.

En conférence de presse, vendredi, il a affirmé avoir pris cette décision car les Canadiens s'attendent à ce que le gouvernement n'offre pas de meilleurs soins de santé aux réfugiés qu'aux citoyens.

Aux provinces, il répond que ses importantes réformes en immigration vont leur épargner des sommes considérables. En renvoyant plus vite hors des frontières canadiennes les demandeurs d'asile qui ont essuyé un refus, les provinces vont économiser des sommes considérables en assurance-maladie et bien-être social. Plus d'un milliard et demi de dollars sur cinq ans, calcule-t-il.

«Notre réforme va continuer à fournir l’assurance de maladie compréhensif pour la grande majorité des demandeurs d’asile et pour tous les réfugiés rétablis au Canada. On va continuer avec la même sorte de l’assurance de maladie qui est disponible aux Canadiens, y compris les enfants canadiens. (...) Ce que nous faisons est d’éliminer la couverture de soins de santé aux demandeurs d’asile qui n’est pas disponible aux Canadiens«, a-t-il insisté.

Il affirme ne pas comprendre pourquoi les provinces s'inquiètent des soins de santé complémentaires, comme les soins dentaires et pour la vue, quand elles n'offrent même pas ces soins gratuitement à leurs propres citoyens.

«D’après moi, les provinces doivent mettre l’accent sur les soins de santé de leurs résidents, de leurs citoyens, de leurs contribuables avant les demandeurs d’asile déboutés», dit M. Kenney.

Les changements proposés par Ottawa vont créer un système uniforme, insiste-t-il.

«On n'a pas à fournir l’assurance de maladie compréhensif aux migrants effectivement illégaux. On n’a pas une obligation de le faire pour les visiteurs, pour les étudiants étrangers, pour les travailleurs étrangers. Donc pour moi, on n’a pas besoin de fournir l’assurance de maladie pour les demandeurs d’asile déboutés», explique-t-il.

L'argument n'est pas valable, s'indigne Micheline Ste-Marie, médecin et directrice des services professionnels à l'Hôpital de Montréal pour enfants où s'est déroulée la campagne d'envoi de lettres.

«Un réfugié, c'est encore plus pauvre que ceux qui vivent du bien-être social, souligne-t-elle. Tous nus dans la rue», a-t-elle ajouté pour indiquer que les situations citées par le ministre ne peuvent être comparées.

«Ce sont des populations vulnérables. Si on ne prend pas soin d'eux dès le départ, on va se retrouver avec des gens plus malades», insiste Mme Ste-Marie.

Ne pouvant se payer des médicaments et des soins médicaux, elle craint que les demandeurs d'asile attendent à la toute dernière minute pour chercher de l'aide, alors que leur condition s'est aggravée.

Ce qui va coûter beaucoup plus cher au système de santé, note-elle.

Elle se dit rassurée dans l'immédiat puisque Québec a accepté de ramasser la facture, tout en tentant de négocier la suite des choses avec le gouvernement fédéral.

Mais la directrice des services professionnels s'inquiète qu'il ne sera peut-être plus possible à l'avenir de faire de prévention, surtout auprès des enfants. Adieu les diagnostics de malnutrition qui peuvent freiner leur croissance. L'absence de soins prénataux sera aussi lourde de conséquences, croit-elle.

Mme Ste-Marie comprend que le gouvernement veut prévenir les abus du système. Mais elle croit que le gouvernement va punir un grand nombre de réfugiés légitimes en disant vouloir sévir contre les fraudeurs.

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