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Au Rwanda et au Burundi, les 50 ans d'indépendance n'ont pas le même goût

29/06/2012 08:46 EDT | Actualisé 29/08/2012 05:12 EDT

Le 1er juillet 1962, le Burundi et le Rwanda devenaient ensemble indépendants du royaume de Belgique. Mais si 50 ans plus tard, Bujumbura célèbre l'événement avec faste, le pouvoir à Kigali, qui garde un goût amer de la période, le marque dans la discrétion.

D'abord colonies allemandes, le Rwanda et ce qui est aujourd'hui le Burundi étaient passés sous protectorat belge après la première guerre mondiale.

Mais pour le cinquantenaire de l'indépendance, seul Bujumbura a invité l'ancienne puissance colonisatrice belge -- le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, le prince Philippe et sa femme Mathilde devraient être de la fête.

Kigali a préféré l'introspection. Depuis le début de la semaine, des conférences sont animées dans la capitale rwandaise pour réfléchir sur les 50 ans d'independance, mais aussi les "18 ans de libération" -- les 18 ans au pouvoir du Front patriotique rwandais (FPR) du président Paul Kagame, qui a mis fin en 1994 au génocide contre l'ethnie tutsi dans son pays.

L'armée rwandaise prépare bien, selon les radios locales, un défilé dimanche auquel sont conviés de nombreux responsables étrangers. Mais pas en provenance de Belgique : Bruxelles reste accusée d'avoir instauré un clivage ethnique dans le pays.

Dans un communiqué publié début juin, le ministère rwandais de l'Administration locale a rappelé que "l'indépendance fut recouvrée dans un bain de sang".

Le texte faisait allusion aux troubles qui ont en fait précédé l'indépendance, en 1959, et au cours desquels des Hutus tuèrent en masse leurs voisins tutsi, incendièrent leurs maisons et abattirent leur bétail. Des milliers de Tutsis prirent alors le chemin de l'exil.

Le régime de Kigali accuse le colonisateur belge d'avoir soutenu ces massacres, prélude, selon lui, au génocide de 1994. "La colonisation nous a laissé un héritage de sectarisme, de discrimination, de mauvaise gouvernance, de suspicion et de méfiance parmi les enfants du Rwanda," disait le communiqué.

Dans un total contraste, Bujumbura, qui, depuis 1962, a de son côté traversé des années de guerre civile et de massacres, prévoit des festivités d'une ampleur jamais égalées. La capitale burundaise a repeint ses maisons et ses bureaux, comblé ses nids de poule, refait à neuf sa place de l'Indépendance.

Samedi, des matchs de football sont prévus dans tout le pays, dimanche, des messes seront suivies par le premier feu d'artifices dans le pays en une trentaine d'années.

Le défilé officiel aura ensuite lieu lundi, en présence, selon les autorités burundaises, de plusieurs dirigeants dont Paul Kagame.

"Nous voulons donner un éclat retentissant à cette fête, c'est pour cela que le Burundi a convié beaucoup d'invités de marque," a indiqué une source de la présidence burundaise. "Nous attendons au moins onze chefs d'état ou de gouvernement."

La fête continuera tout le mois de juillet avec l'inauguration de stades, d'écoles, de centres de santé...

"L'indépendance du Burundi il y a cinquante est un moment de grande fierté pour les Burundais, qu'on a arraché parce que les Burundais de toutes ethnies, de tous sexes se sont mis ensemble autour du prince Louis Rwagasare (héros de l'indépendance, NDLR) dans cette noble lutte," a commenté le président du comité d'organisation de la fête du cinquantenaire, Zéphirin Maniratanga.

"Le président Pierre Nkurunziza a souhaité que la célébration de ce cinquantenaire soit l'occasion de nous rassembler, de fêter ensemble dans le but de renforcer la réconciliation nationale", a-t-il poursuivi.

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